
Libreville, le 31 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Le lancement du Plan national de croissance et de développement (PNCD) cache une hypothèse budgétaire audacieuse : le Gabon prévoit de lever entre 2000 et 3000 milliards de FCFA par an sur la période 2026-2030, soit environ 50 à 60% du budget annuel actuel, pour financer son ambitieux programme de relance. Une trajectoire que le ministre de l’Économie, Henri-Claude Oyima, assume pleinement. À ses yeux, c’est même un seuil raisonnable compte tenu des besoins d’infrastructure, d’industrialisation et de services sociaux urgents. Mais cette ligne offensive marque une rupture avec la prudence affichée ces dernières années dans les discours officiels.
Pour justifier ce recours massif à l’emprunt, le gouvernement met en avant des mécanismes de financement dits « intelligents »: dette concessionnelle via les bailleurs multilatéraux, PPP, obligations vertes, ou partenariats avec des fonds souverains. Le document de cadrage 2026-2028 reconnaît cette dynamique, mais alerte aussi sur le poids croissant du service de la dette, estimé à plus de 1000 milliards de FCFA par an à partir de 2025. À cette échéance, la dette publique devrait déjà représenter 80% du PIB, bien au-delà du seuil communautaire fixé par la CEMAC. Le pays s’expose donc à un risque de surendettement si la croissance promise ne suit pas.
Or, la Banque mondiale souligne que le Gabon n’a pas su transformer ses cycles d’endettement passés en gains durables de productivité. Les investissements antérieurs ont souvent été mal ciblés, peu évalués et captés par des structures inefficaces. « Les déficiences de planification, la mauvaise allocation budgétaire et la faible capacité d’absorption réduisent l’efficacité de la dépense publique », résume l’institution. L’étude Gabon 2050 enfonce le clou : « L’endettement sans réforme de l’appareil d’État ne crée pas de croissance soutenable. Il la compromet ». Le problème n’est pas tant le volume de la dette, mais sa finalité et son rendement économique.
La stratégie actuelle fait aussi abstraction d’un facteur clé : la volatilité des recettes pétrolières, qui continue de représenter près de 40% des ressources budgétaires. En cas de choc sur les prix du brut ou de baisse de la production, le modèle financier du PNCD pourrait s’écrouler, entraînant un effet domino sur le service de la dette, les investissements prioritaires et les dépenses sociales. Le pays, déjà en proie à des tensions de trésorerie et à des arriérés intérieurs, ne dispose pas d’une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour affronter un scénario adverse.
En misant sur un rythme d’endettement de 2500 à 3 000 milliards de FCFA par an, Henri-Claude Oyima parie sur une croissance forte, rapide et inclusive. Mais ce pari ne pourra être tenu qu’au prix d’une réforme institutionnelle profonde, d’une capacité d’exécution irréprochable, et d’une gouvernance budgétaire totalement renouvelée. À défaut, le Gabon pourrait se retrouver à devoir financer une dette… avec de nouvelles dettes. Dans ce cas, le PNCD deviendrait moins un tremplin qu’un piège à long terme.







