
Libreville, le 4 août 2025 – (Dépêches 241). Le Gabon attire, le Gabon intrigue, mais surtout, le Gabon devient une cible. Cette fois, ce n’est plus Pékin qui avance ses pions, mais Tokyo. La société japonaise Asia Minerals Limited (AML), bien implantée sur les marchés du manganèse, veut désormais implanter une usine de transformation sur le sol gabonais. Traduction : le Japon ne veut plus seulement acheter le minerai gabonais, il veut désormais le traiter à la source et engranger la valeur ajoutée que le pays brade depuis trop longtemps.
Cette annonce, sortie du chapeau après une rencontre officielle entre AML et des représentants gabonais en visite au Japon, n’est pas innocente. Le Gabon a interdit l’exportation du manganèse brut à partir de 2029. Voilà qui redistribue les cartes. Et il ne s’agit pas d’un simple effet d’annonce : une mission technique nippone est attendue à Libreville dans les prochains jours. L’objectif ? Prendre la température du terrain et repérer les leviers à actionner pour s’ancrer dans le paysage minier gabonais avant que d’autres ne le fassent.
Pendant ce temps, la France, qui joue sur ses terres historiques via Eramet et la Comilog, tente de verrouiller sa position. Deux millions de tonnes à transformer localement, c’est l’objectif affiché. Une guerre des tonnages, des emplois, des retombées fiscales est désormais ouverte. La question n’est plus de savoir qui viendra au Gabon, mais qui dominera la filière industrielle naissante. Car le pays, longtemps relégué au rôle de simple fournisseur de matières premières, commence enfin à dire non.
Et ce non implique des conséquences. Une usine de transformation, c’est plus qu’une ligne de production. C’est de l’énergie, des routes, des ports, du personnel qualifié, des sous-traitants, des PME locales à réveiller ou à créer. Si l’État ne structure pas rapidement une réponse cohérente, ce sont encore des intérêts étrangers qui s’installeront comme maîtres d’ouvrage… et maîtres tout court. Alors, que cherche exactement AML ? Une opportunité industrielle ou un coup de poker stratégique sur le long terme ? Le Gabon ne peut plus se contenter de dérouler le tapis rouge. Il doit fixer ses règles, imposer ses standards, et surtout, défendre ses intérêts.







