
Libreville, le 6 août 2025 – (Dépêches 241). Depuis le 30 juillet 2025, les mots d’ordre du gouvernement semblent tourner autour de la rigueur, de la transparence et de la discipline. Pourtant, une question cruciale reste sans réponse : où sont passés les 220 milliards de FCFA débloqués depuis septembre 2023 pour financer les projets dits « prioritaires » du CTRI ? À ce jour, aucun tableau d’exécution, aucune publication sur l’état d’avancement, aucun audit public n’a été présenté. Et pendant que le ministre Oyima exige des justificatifs ligne par ligne pour le budget 2026, l’exécutif continue de maintenir sous silence les dépenses déjà engagées.
Ce flou est d’autant plus préoccupant qu’un autre montant massif interroge : les 63 milliards de FCFA répartis fin 2023 à raison de 7 milliards par province, officiellement pour amorcer des projets de développement local. Qu’en est-il ? Où sont les infrastructures livrées ? Qu’ont fait les gouverneurs de ces enveloppes ? Là encore, pas le moindre rapport public, pas de débat à l’Assemblée, encore moins de contrôle citoyen. Le gouvernement parle de rigueur à venir, mais reste muet sur les excès du présent.
À la lecture de ces conférences budgétaires, une inquiétude sourde monte en puissance, le discours de transparence sert-il à verrouiller l’avenir pendant qu’on enterre les comptes du passé? Sans véritable bilan des dépenses 2023-2024, le chantier 2026 démarre sur des fondations fragiles. Le risque est de recycler les mêmes logiques opaques, sous un vernis technocratique, avec des indicateurs de performance vidés de leur sens si l’essentiel, à savoir: rendre des comptes, est évité.
D’autant plus que les conférences actuelles se déroulent entre membres du gouvernement, sans implication structurée de la société civile, des élus locaux ou des chambres professionnelles. Où est la contre-expertise? Où sont les voix indépendantes? Ce « dialogue budgétaire » ressemble davantage à une mise en scène qu’à un exercice de co-construction démocratique. La verticalité autoritaire des dépenses non justifiées se transforme, mais ne disparaît pas.
À défaut de bilans publics, les suspicions s’installent. Les 220 milliards du CTRI, les 63 milliards provinciaux, et maintenant les ambitions du budget 2026. Tout ceci commence à ressembler à un cycle de dépenses politiques sans retour, où les crédits pleuvent, mais les résultats tardent. La meilleure preuve de transparence serait pourtant simple : ouvrir les comptes, publier les listes des marchés attribués, détailler l’exécution physique réelle. Tant que cela ne sera pas fait, le discours de rigueur restera un exercice de communication.







