
Libreville, le 6 août 2025 – (Dépêches 241). En ouvrant les conférences budgétaires 2026, le ministre Henri Claude Oyima a lancé un message fort : « Chaque dépense devra être justifiée ». Une promesse d’assainissement, même si celui qui gère à la fois le portefeuille de l’économie et la plus puissante banque de la CEMAC fait mine d’ignorer le passif étroit qui le lie aux recettes publiques du pays. Alors que le gouvernement gabonais s’engage, les faits contredisent cette ambition. Le dernier rapport de la Banque mondiale (juin 2025) révèle qu’une large partie des dépenses publiques engagées depuis fin 2023 n’ont pas été retracées dans les circuits budgétaires classiques, ni évaluées en termes d’impact.
Parmi les anomalies les plus frappantes : aucun bilan n’a été publié sur les 220 milliards de FCFA débloqués sous l’égide du CTRI pour financer des « projets urgents ». Ces fonds, souvent affectés en dehors des circuits de passation de marchés réguliers, échappent aux règles d’évaluation et de redevabilité. Même la Cellule de suivi des projets prioritaires (CSPP) mise en place en janvier 2024 ne dispose pas à ce jour d’une base de données consolidée sur leur exécution. Or, selon la Banque mondiale, l’absence de traçabilité sur des montants aussi importants est « une faille structurelle majeure » dans la gouvernance budgétaire du pays.
Le problème n’est pas seulement technique, il est politique. Le gouvernement appelle à un effort de rigueur de la part des ministères et des institutions locales pour 2026, mais il refuse toujours de rendre compte de la dotation exceptionnelle de 63 milliards FCFA annoncée par le président Oligui Nguéma fin 2023, censée être répartie à raison de 7 milliards par province. Aucun rapport d’exécution n’a été publié, aucun débat budgétaire n’a permis d’évaluer si ces fonds ont généré de véritables infrastructures, des services nouveaux ou une amélioration concrète du cadre de vie. Dans certaines provinces comme l’Ogooué-Ivindo ou le Woleu-Ntem, des projets annoncés comme « livrés » sont invisibles sur le terrain.
En parallèle, la Banque mondiale tire la sonnette d’alarme sur la dynamique de la dépense publique. Selon la Note de conjoncture de juin 2025, les dépenses budgétaires ont augmenté de 15% en 2024, alors que la croissance réelle du PIB reste modeste (autour de 2,9%), avec un déficit budgétaire prévu à 2,5% du PIB, et des arriérés de paiement représentant 2,8% du PIB. Autrement dit : on dépense plus, on s’endette encore, mais sans impact mesuré. La mise en scène actuelle des conférences budgétaires masque donc une réalité inquiétante : un État qui affirme maîtriser ses finances, mais qui continue de diluer ses efforts de rationalisation dans des dépenses hors budget, politiquement pilotées.
D’un côté, l’on exige désormais que « chaque dépense soit justifiée », de l’autre, les plus grosses enveloppes de la transition restent opaques, non-auditées et probablement inégalement réparties. Ce n’est pas un hasard si la Banque mondiale insiste désormais sur la mise en place d’un Compte Unique du Trésor (CUT) et d’une plateforme de suivi des engagements. Ces outils sont censés garantir que l’argent public ne disparaisse plus dans les poches intermédiaires. Mais tant que l’État ne donne pas l’exemple en publiant les rapports d’exécution des projets CTRI, les listings des marchés attribués et les résultats atteints, la rigueur budgétaire 2026 restera une vitrine sans magasin.







