Gabon: Autosuffisance alimentaire d’ici 2029, Une promesse hors-sol dans un pays qui importe 80% de ce qu’il mange

L’ambition d’une auto suffisance alimentaire prônée par Oligui Nguema est-elle réaliste ? ©DR

Libreville, le 7 Août 2025 – (Dépêches 241). Dans son projet de société, le président Oligui Nguéma a fixé un cap ambitieux : faire du Gabon un pays autosuffisant en denrées alimentaires de base à l’horizon 2029. Derrière cette vision volontariste se cache une réalité plus rugueuse : le Gabon dépend à 80% des importations pour nourrir sa population, selon la Banque mondiale. Le secteur agricole ne pèse que 5,2% du PIB en 2024, avec des rendements stagnants, des exploitations familiales en déclin, des chaînes logistiques déficientes et un accès au foncier encore verrouillé. À ce jour, aucune réforme structurelle du modèle agroalimentaire n’a été enclenchée.

Le document de cadrage 2026-2028, censé traduire budgétairement les grandes ambitions politiques, ne consacre que 1,8% des crédits prévisionnels au secteur agricole pour 2026, ce qui représente environ 60 milliards de FCFA, soit dix fois moins que les besoins d’un plan de souveraineté alimentaire d’envergure. En outre, le cadre macroéconomique n’intègre aucune projection crédible de baisse des importations agroalimentaires, ni plan national de développement rural. L’étude Gabon 2050 le résume clairement : « Le potentiel agricole est réel, mais il reste inexploité sans transformation foncière, sans infrastructure rurale, et sans sécurisation des producteurs ».

À ce sous-investissement structurel s’ajoute une contrainte climatique de plus en plus pesante. En 2024, la production de palmiers à huile a chuté de près de 9,5%, en raison du manque de pluie dans la Ngounié et des conflits récurrents entre agriculteurs et éléphants, souligne la Banque mondiale. Cette vulnérabilité climatique n’est pas adressée dans le projet présidentiel, qui reste silencieux sur la résilience des cultures, la reforestation des zones agricoles ou l’irrigation à grande échelle.

En parallèle, le secteur privé national reste marginal dans la production agricole. Les coopératives sont peu structurées, les crédits agricoles quasiment inexistants, et les filières de transformation locales embryonnaires. Sur ce point, la Banque mondiale est sans détour : « Le pays n’a pas réussi à créer de chaînes de valeur agricoles compétitives », malgré plusieurs tentatives passées (GRAINE, Agropoles). Le rêve de souveraineté alimentaire apparaît ainsi comme un slogan politique plus qu’un projet structuré, sans instruments fiscaux, bancaires, fonciers ou logistiques solides pour le rendre réalisable.

Annoncer l’autosuffisance agricole dans un tel contexte revient à vendre une illusion. La seule issue réaliste serait un plan décennal multisectoriel, adossé à un financement massif, des réformes foncières audacieuses, une refonte de l’enseignement agricole et un accompagnement des producteurs. 

Ce virage radical n’est visible ni dans le budget d’investissement prévisionnel, ni dans les engagements gouvernementaux concrets. À défaut, la promesse d’autonomie alimentaire en 2029 risque de rejoindre la longue liste des ambitions enterrées sous les silences budgétaires.

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