Ndendé: Entre mémoire familiale et ancrage territorial, deux destins en contraste

L’ancien ministre de la Marine Marchande Loïc Ndinga Moudouma et Mays Mouissi, actuel ministre de l’Environnement, deux membres du gouvernement issus du département de la Dola © Dépêches 241

Libreville, le 7 août 2025 – (Dépêches 241). Ndendé, août 2025 – Dans les méandres de l’histoire locale, certaines familles incarnent une mémoire vivante et une légitimité profonde sur leur territoire. Le débat sur les figures politiques qui émergent de la Dola, en particulier à Ndendé, pose inévitablement la question du lien entre notoriété, enracinement et reconnaissance coutumière. Qui de Loïc Ndinga Moudouma ou de Mays Mouissi peut réellement se réclamer de Ndendé ? La réponse, loin d’être anodine, éclaire un pan important de la mémoire locale.

Mwane Dimbu : Un concept identitaire fort 

Dans la culture locale, « mwane dimbu » désigne tout enfant reconnu ou se reconnaissant comme fils du village. Cette reconnaissance n’est pas seulement généalogique : elle est vivante, active, incarnée dans les rites, les usages, les alliances et la mémoire collective. C’est sous cet angle qu’il convient d’analyser l’ancrage de Loïc Ndinga Moudouma et de Mays Mouissi.

La dynastie Nzamb Dungh : mémoire vivante de Ndendé

Du côté de Loïc Ndinga Moudouma, l’histoire s’écrit en grandes pompes lettres  au firmament des sacréments traditionnels. Nzamb Dungh, son aïeul, fut un grand notable de l’époque coloniale, pionnier du cantonnat à Ndendé. Homme d’autorité et de respect, il céda ses terres pour la construction de l’actuelle résidence du Préfet et de la piste d’atterrissage, répondant ainsi à une requête de l’administration coloniale.

Son fils, Mudum Nzamb Thuriaf, dit Mudum mi gagh (Moudouma de la justice), lui succéda comme juge coutumier. Il incarnait la sagesse, l’équilibre et la puissance morale. Sa mort le même jour que celle de son épouse a durablement ancré sa figure dans le registre des êtres « à mystère », respectés et craints à la fois.

De cette lignée émerge Théophile Musa Mudum, député de Ndendé sous le parti unique, douanier respecté et homme de terrain. Affable et accessible, il a consolidé l’ancrage de la famille dans la sphère politique et sociale de la Dola. Son fils, Loïc Ndinga Moudouma, porte avec fierté et humilité cette charge symbolique et historique.

Issu des clans Dibamɓe Kadi, Bagambu et Boudjala, Loïc Ndinga Moudouma est un véritable mwane dimbu, enraciné, respecté et adopté par les contemporains comme un fils du terroir, humble malgré sa lignée notabiliaire.

Un héritier actif, enraciné dans les gestes du quotidien

Côté jardin, Loïc Ndinga Moudouma est aussi un excellent pêcheur à l’arbalète, amoureux des traditions locales. Avec les jeunes de sa génération, il s’est souvent aventuré dans des randonnées de pêche périlleuses, notamment autour du débarcadère du vieux Muckak, un lieu chargé de mystère, considéré comme dangereux. Il se racontait que le vieux Muckak y communiait régulièrement avec les esprits des eaux, et que ce site était à éviter en pirogue.

Ce goût du risque, du sacré et du mystère fait partie intégrante de la légende personnelle de Loïc Ndinga Moudouma, que ses contemporains à Ndendé racontent encore avec fierté. Il connaît aussi bien Imane Kuni sur la route de Tchibanga, que Ba Mbile na tébi sur celle de Musonga. Petit-fils d’orpailleur, bercé par le secret des clans des forgerons, il est nourri par la mémoire des rites, du métal et des terres sacrées. Il incarne cette synthèse rare entre histoire, culture, coutume et modernité.

Quand la légende de guerrier défenseur puissant de la Dola s’en mêle : les anecdotes sur le chef de canton historique Muckak 

Et à Ndendé, les histoires autour de la famille Moudouma sont nombreuses. On raconte par exemple :

  1. La mystérieuse disparition du village lorsque des avions militaires avaient reçu pour mission de mater un soulèvement dans les années 1960. À leur arrivée, la ville aurait été complètement vide, comme « avalée par la forêt ».
  1. La célèbre cohorte de 1 000 corbeaux qui, en mai 1975, aurait survolé la ville durant toute la veillée mortuaire du vieux Muckak, orchestrant un ballet macabre en hommage.
  1. Ou encore, cet épisode en 1965, où le Commandant de brigade Philipoff, se rendant à Tsangui, dépassa Muckak et son épouse sur la route. À sa grande stupéfaction, il retrouva le vieux chef déjà installé à destination, partageant un verre de vin de palme avec un autre notable.

La filiation incertaine de Mays Mouissi à Ndendé 

En contraste, Mays Mouissi peine à inscrire sa filiation dans la trame historique de Ndendé. Descendant de Mme Kinga née Mamboundou du clan Ndingui, il est issu d’une lignée rapidement déplacée à Mouila, où il est né et a grandi. Ni lui, ni sa mère ne sont réellement identifiés à Ndendé, n’y ayant pas entretenu de lien régulier ou communautaire.

Un lien de parenté avec Albert Bivigou Bouka, dit « Vinoss », ancien président de la collectivité locale, aurait pu servir d’ancrage. Mais ce rattachement, peu assumé et rarement évoqué, est resté symbolique.

Aujourd’hui, Mays Mouissi est perçu par certains comme un parfait inconnu par les habitants de Ndendé, et n’a pas encore conquis l’imaginaire local, condition pourtant essentielle à la reconnaissance coutumière et politique dans les terroirs de la Dola. Un parachuté de la politique qui veut forcer un leadership imaginaire et illusionniste… sur la base d’une nomination au gouvernement. 

Chasseur ou épicier ? Pêcheur ou vendeur de poisson ?

Comparer les assises de Loïc Ndinga Moudouma et de Mays Mouissi, c’est comme opposer le chasseur à l’épicier, ou le pêcheur au vendeur de poisson. L’un vit la réalité, l’autre en parle. L’un incarne la puissance de la mémoire locale, l’autre tente de la rejoindre.

Conclusion : Une présence qui s’impose par l’héritage et les actes. À Ndendé, la notoriété ne se décrète pas. Elle se vit. Elle se construit par la mémoire, le respect du terroir, la connaissance des lieux sacrés, et la reconnaissance des anciens.

Dans ce registre, Loïc Ndinga Moudouma s’impose naturellement. Héritier d’une lignée fondatrice, reconnu des siens, initié aux traditions et aux dangers, mwane dimbu authentique, il est le fils du village que tout le monde connaît. Il a hérité des sacréments de la chefferie traditionnelle ancrée dans la mémoire historique de Ndendé et de son département historique: la Dola.

Quant à Mays Mouissi, il lui reste à faire ses preuves sur la terre de ses aïeux, car Ndendé ne reconnaît que ceux qui ont marché sur ses chemins, entendu ses silences, et vécu ses mystères. 

Affaire à suivre…

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