
Libreville, le 18 août 2025 – (Dépêches 241). Le projet d’emprunt auprès de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), d’un montant de 138,7 millions d’euros, vise à financer le Projet de Développement Urbain du Gabon (PDUG). Sur le papier, cet investissement s’inscrit dans la modernisation des infrastructures et la relance économique. Mais la question de la soutenabilité de la dette reste posée puisque le Gabon consacre déjà une part importante de ses ressources au remboursement de prêts passés. L’ajout d’un nouvel emprunt accroît la pression sur le budget, surtout si les projets ne génèrent pas de retours financiers directs et rapides.
L’analyse des précédents emprunts montre un risque non négligeable d’endettement « silencieux ». L’État assume le financement, mais les retards dans la livraison des projets ou la faible absorption des fonds par les agences peuvent réduire l’impact économique réel. Par ailleurs, la gestion administrative et la coordination des chantiers urbains ont souvent souffert de lenteurs structurelles, ce qui pourrait retarder la concrétisation des objectifs du PDUG et transformer cet emprunt en un simple alourdissement du passif public.
Un autre angle critique concerne l’affectation des fonds. Le PDUG implique des investissements lourds dans les infrastructures urbaines, mais le retour social et économique n’est pas garanti pour l’ensemble des citoyens. Le financement privilégie les grandes villes au détriment des zones rurales, ce qui risque de creuser les inégalités territoriales et de limiter l’impact sur la croissance inclusive promise par le gouvernement.
La transparence dans l’utilisation de l’emprunt pose également question. Le gouvernement prévoit un suivi et un pilotage, mais les mécanismes de contrôle externe restent peu définis. L’absence de reporting clair et indépendant peut réduire la responsabilité des gestionnaires publics et accroître le risque de dérives financières ou d’inefficacité des dépenses.
Si l’emprunt permet un investissement structurant, il faudra que l’État accompagne ce financement d’une stratégie de rendement et de recouvrement précis. Sans réformes structurelles profondes, le recours systématique à la dette extérieure pour financer les infrastructures pourrait transformer l’ambition de croissance en un cercle vicieux de dépendance financière, avec des risques accrus pour la stabilité budgétaire du Gabon.







