La CEMAC à l’arrêt : un facteur aggravant pour la crise gabonaise ? 

Les Chefs d’Etat face à leurs responsabilités après la suspension des activités de la Cemec ©ComCEMAC

Libreville, le 6 Février 2026 – (Dépêches 241). La Commission de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) a annoncé, ce 5 février 2026, la suspension provisoire de l’ensemble de ses activités, à l’exception de celles jugées stratégiques. Une décision inédite, motivée par une dégradation alarmante de sa situation financière, qui met en lumière les fragilités structurelles de l’intégration régionale et ouvre une séquence d’incertitudes majeures, notamment pour le Gabon, déjà confronté à une crise sociale et budgétaire profonde.

La Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale traverse une crise sans précédent. C’est par le biais d’une note circulaire datée du 5 février 2026 et signée de son président, Baltasar Engonga, que la Commission de la CEMAC a officialisé cette suspension. L’institution évoque une détérioration continue de ses finances, rendant impossible la poursuite normale de ses missions. Au cœur de cette impasse figure la défaillance persistante des États membres dans le recouvrement de la taxe communautaire d’intégration, principale ressource de la Commission. Cette situation, dénoncée à plusieurs reprises lors des sessions du Conseil des ministres de l’Union Économique de l’Afrique Centrale (UEAC), traduit un affaiblissement préoccupant de la solidarité régionale et un déficit manifeste de volonté politique.

Au-delà de l’annonce, la portée de cette décision est considérable. La suspension des activités de la CEMAC signifie un coup d’arrêt brutal à de nombreux programmes d’intégration économique, de coordination des politiques publiques et d’harmonisation réglementaire. Elle fragilise la crédibilité de l’architecture institutionnelle régionale et installe un climat d’incertitude préjudiciable aux investissements, à la coopération interétatique et à la stabilité macroéconomique. En filigrane, c’est l’idée même d’une intégration sous-régionale solidaire et efficiente qui vacille, au moment où les États d’Afrique centrale font face à des défis économiques et sécuritaires croissants. 

La suspension des activités de la CEMAC et le  symptôme d’une crise institutionnelle aux lourdes conséquences régionales

Pour le Gabon, les conséquences pourraient être particulièrement lourdes. Dans un contexte marqué par une crise sociale aiguë, des tensions budgétaires persistantes et une fragilisation du tissu économique, la paralysie partielle de la CEMAC prive le pays d’un levier essentiel de coordination régionale. Les mécanismes d’appui technique, de suivi des réformes économiques et de mobilisation de financements communautaires risquent d’être sérieusement entravés, accentuant la vulnérabilité d’une économie déjà sous pression. À terme, cette situation pourrait peser sur la stabilité monétaire, la fluidité des échanges commerciaux et la confiance des partenaires financiers.

Plus profondément, cette crise révèle les limites d’un modèle d’intégration fondé sur des engagements souvent formels, mais insuffisamment traduits en actes concrets. Elle interroge la capacité des États membres, dont le Gabon, à honorer leurs obligations communautaires dans un environnement économique contraint. Sans un sursaut collectif, associant discipline budgétaire, réformes structurelles et volonté politique affirmée, la CEMAC court le risque d’un déclassement institutionnel durable. Pour le Gabon, l’enjeu dépasse la seule dimension régionale : il s’agit de préserver des outils essentiels de stabilisation et de relance, indispensables pour amortir les chocs sociaux et financiers qui secouent actuellement le pays.

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