
Libreville, le 19 août 2025 – (Dépêches 241). Brice Clotaire Oligui Nguema est définitivement le président de la rupture, c’est du moins ce qu’il déclare. Depuis son accession au pouvoir, le paysage politique a connu de profondes transformations, entraînant avec elles la disparition de certaines pratiques d’antan. Dans son discours à la nation du 16 août dernier, le président de la République a annoncé la fin des nominations selon les critères géopolitiques, une règle instaurée et maintenue par ses prédécesseurs.
Au Gabon, la géopolitique s’est longtemps imposée comme une règle informelle de régulation politique, orientant les nominations et les investitures. Cette pratique visait à instaurer un équilibre dans la répartition de certains postes stratégiques entre les différentes provinces, ethnies et régions. Elle se traduisait par une allocation systématique de certains postes ou fonctions à des groupes ethniques clairement identifiés : la primature, par exemple, était traditionnellement confiée à une personnalité issue de la province de l’Estuaire d’ethnie Fang. Ce mécanisme visait à prévenir les tensions politiques et à taire toute velléité de radicalisation en donnant à chaque communauté le sentiment de participer à la gestion de l’État.
La géopolitique a été mise en place par le Président Omar Bongo. Il veillait scrupuleusement à ce qu’elle soit respectée. Sous Ali Bongo Ondimba, cet héritage a été remis en question. En ce qui concerne la primature par exemple, Ali Bongo a, en 2012, nommé pour la première fois à ce poste un natif du Woleu-Ntem, Raymond Ndong Sima, mettant ainsi fin à la prédominance des ressortissants Fangs de la province de l’Estuaire à cette fonction.
Pendant son traditionnel discours la nation précédant les célébrations de la fête de l’indépendance, le Président Oligui Nguéma a sonné le glas de cette pratique avilissante. Désormais pour le numéro un Gabonais, seule la compétence va primer. « La géopolitique, comme mot de gouvernance à laquelle nous avons été nourris, n’a pas porté les fruits escomptés. Elle sera remplacée par la compétence » a déclaré d’un ton ferme le Président de la République. Avec l’avènement de la Vᵉ République, Oligui Nguéma entend mettre fin aux pratiques d’antan qui freinaient le développement du pays. « La compétence du citoyen primera dorénavant sur ses origines ethno-régionalistes », a-t-il insisté, affirmant sa volonté de bâtir une gouvernance plus juste et efficace.
Quelques jours avant cette déclaration solennelle du Président de la République, une autre voix s’était déjà élevée contre cette pratique obsolète. Le 9 août, Anges Kevin Nzigou, candidat aux législatives et aux locales, dénonçait: « une règle non écrite veut que le maire de Libreville soit de l’ethnie myéné ou fang et de façon alternée, sans que chaque électeur n’ait son mot à dire». Pour le candidat, cette pratique contraire aux valeurs républicaines est un poison pour la démocratie. Anges Kevin Nzigou a officialisé sa candidature à la mairie de Libreville. Un signe ? L’avenir nous le dira.







