Gabon : Le report de l’âge de départ à la retraite des agents civils et militaires, une mesure qui freine l’employabilité des jeunes et plombe les finances publiques ?

Image des retraités civils et militaires devant la Primature © DR

Libreville, le 26 août 2025 – (Dépêches 241). La décision de repousser l’âge de départ à la retraite des fonctionnaires civils et militaires constitue l’une des principales causes de la hausse de la masse salariale en 2024. En prolongeant la carrière des agents, le gouvernement gabonais maintient dans la fonction publique des milliers de personnels expérimentés, mais cette mesure accroît mécaniquement le poids de la masse salariale. Les techniciens du ministère de l’Économie ont pourtant eux-mêmes souligné récemment que « la maîtrise de la masse salariale demeure essentielle pour préserver l’espace budgétaire nécessaire aux investissements publics », révélant au passage la tension entre charges de fonctionnement et financement du développement.

Si le maintien des agents seniors permet de préserver des compétences stratégiques, il retarde également le renouvellement des effectifs, impactant directement l’accès des jeunes à des emplois stables dans la fonction publique. Dans un pays où 70% de la population est âgée de moins de 35 ans, cette situation contribue à un déficit d’employabilité des jeunes et peut alimenter le chômage et la frustration dans cette tranche de la population. Le report de l’âge de départ à la retraite bloque des milliers de postes qui auraient pu être ouverts à de nouveaux entrants, limitant ainsi la participation des jeunes à l’économie formelle. Et ce, tout en maintenant le goulot d’étranglement sur la masse salariale qui culmine en 2025 à 825 milliards de FCFA.

Sur le plan budgétaire, le report de départ à la retraite augmente les charges de personnel sur plusieurs années, car les cotisations sociales et pensions différées s’accumulent. Cette rigidité budgétaire réduit la marge pour financer des projets structurants comme les infrastructures, la santé ou l’éducation. Le cadrage budgétaire précisait que « toute augmentation durable de la masse salariale doit être compensée par des gains de productivité ou des arbitrages dans les dépenses de fonctionnement ». 

Au niveau social, cette décision risque de freiner l’insertion professionnelle des jeunes diplômés, qui peinent déjà à accéder à des emplois stables et rémunérateurs. L’absence de renouvellement dans la fonction publique peut également pousser une partie de cette jeunesse à se tourner vers le secteur informel ou à migrer vers d’autres pays à la recherche d’opportunités, fragilisant le tissu économique national.

In fine, le report de l’âge de départ à la retraite est une mesure favorable à la stabilité institutionnelle à court terme, mais elle accentue les rigidités budgétaires et freine l’employabilité des jeunes, qui représentent une majorité de la population gabonaise. Une réforme des carrières et de la gestion des ressources humaines apparaît indispensable pour concilier expérience, équité, emploi des jeunes et soutenabilité financière. Dans un pays qui veut doper la croissance par la consommation, difficile d’y voir clair.

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