Poulets importés, poulets sacrifiés : quand le Gabon s’enferme dans sa ferme illusion 

En interdisant l’importation de poulet le Gouvernement lance une réforme ambitieuse qui pour prospérer doit être maîtrisée © DR

Libreville, le 27 août 2025 – (Dépêches 241). Ah, le Gabon, ce pays qui veut sauver ses poulets… en interdisant simplement qu’on en importe ! Le 30 mai dernier, une grande révélation est tombée comme un soufflé raté : dès 2027, fini les poulets de chair venus d’ailleurs. Courage, le Gabon va devenir souverain… de sa basse-cour. Applaudissements ! Ou pas.

Le tableau est plutôt cocasse : chaque année, le Gabon importe 55 000 tonnes de poulets, pendant que l’élevage local ne produit que 4 000 tonnes. Un gouffre économique, une balance commerciale qui fait la grimace, une sécurité alimentaire aussi fragile qu’un œuf sur un mur. Alexandre Barro Chambrier, le vice-président, avait de quoi s’arracher les plumes : « perte économique considérable », « fragilisation de l’emploi », « vulnérabilité alimentaire »… Ça sonne presque comme un chant du cygne pour la filière gabonaise. Heureusement qu’on a la solution magique : interdire les importations.

Mais la vraie question, c’est comment transformer cette interdiction en une renaissance ? Parce que l’erreur suivie du silence, c’est la recette parfaite de l’échec. La ministre Odette Polo, elle, a l’œil aguerri : « Trop de grandes solutions inexploitables, trop d’incantations, trop d’échecs ». Bingo. Alors, on va essayer autre chose : une pincée de fiscalité adaptée, une louche d’encadrement technique, un zeste de foncier agricole, un coup de pousse sur l’alimentation animale et zou, la filière avicole sera enfin prête à voler de ses propres ailes. Ou plutôt à picorer à sa guise.

Ce grand raout national, ouvert ce 25 août, ressemble à une réunion de secours avant la grande bataille contre les poulets importés. Une sorte de réunion de famille où chacun espère un miracle. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, visionnaire entre tous, fait de la souveraineté alimentaire la pierre angulaire de son projet présidentiel. On attend donc le miracle, en espérant qu’il ne finisse pas en fable de La Fontaine revisitée : « La poule locale et l’importation disparue ».

En somme, il s’agit d’un pari audacieux, ambitieux, – car il faut aimer son pays pour lui infliger ce genre de traitement. Passer des intentions aux actes d’ici 2027 demandera plus que des paroles bien pondues et un forum bien senti. Il faudra de la rigueur, des moyens et, surtout, un peu plus de réalisme.

D’ici là, on pourrait presque suggérer à nos amis gabonais d’ouvrir un centre de formation accélérée en élevage de poulets, histoire de ne pas se retrouver à court lorsque l’horloge sonnera minuit sur les importations. Car au final, interdire un produit qu’on ne sait pas assez produire soi-même, c’est un peu comme vouloir jouer au chef d’orchestre sans connaître la partition. Ça risque de s’entendre… et pas forcément en bien.

Alors, chers Gabonais, palpez votre poulet domestique, caressez votre poule locale, et priez que d’ici 2027, la filière avicole gabonaise ait volé plus haut que les discours ministériels. Parce qu’à ce rythme, la souveraineté alimentaire ne sera pas au menu. Juste un plat d’espoirs frits à l’huile de déception.

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