Gabon: GMT menacé de fermeture après avoir été assigné à la HAC par Laurence Ndong ?

Ancienne ministre de la Communication et des Médias et garante de la liberté de la Presse, Laurence Ndong opte désormais pour le tout répressif contre un organe de presse crée et dirigé par des Gabonais © Dépêches 241

Libreville, le 28 août 2025-(Dépêches 241). Dans une lettre transmise à Gabon Media Time (GMT), la Haute Autorité de la Communication (HAC) a informé le média en ligne d’une assignation déposée par les conseils de la Ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie Bleue, également porte-parole du Gouvernement, Laurence Ndong. Dans cette plainte jugée particulièrement vague, il est reproché au journal d’avoir publié des articles cherchant à ternir l’image et à remettre en cause la légitimité de la Ministre. Une situation incroyable et inédite dans notre pays, pour une ancienne Ministre de la Communication et des médias, qui s’était, en son temps, pourtant félicitée des progrès faits par le Gabon en matière de liberté de la presse. 

L’opinion assiste depuis peu à un bras de fer inédit entre un organe de presse,  GMT en l’occurrence, et un membre du Gouvernement. Même sous le régime autoritaire d’Ali Bongo Ondimba, jamais un Ministre en exercice n’avait franchi le rubicon en assignant un média devant la HAC, sous prétexte de diffamation ou de remise en cause de sa légitimité. À s’y méprendre, cette démarche ne relève pas seulement de l’incongruité: elle trahit la volonté de certains membres du Gouvernement actuel de museler les organes de presse jugés trop critiques ou insuffisamment dociles. Ce climat de répression rampante s’installe progressivement, d’autant qu’avant Laurence Ndong, c’est déjà le Ministre des Affaires étrangères, Onanga Ndiaye, qui s’en était pris à nos confrères de GMT.

Une Laurence Ndong aux doubles visages 

Le problème n’est pas seulement l’acte d’assignation en lui-même, mais le cynisme qu’il véhicule. D’autant qu’il y a peu, Laurence Ndong s’était félicitée, lorsqu’elle était ministre de la Communication, du nouveau classement du Gabon publié par Reporters sans frontières, soulignant les progrès du pays en matière de liberté de la presse. Quelques années avant juste au début de la Transition et au lendemain du placement en garde à vue de ces mêmes confrères, Laurence Ndong fraîchement nommée ministre de la Communication de la Transition, avait accordé une audience à Harold Leckat et ses collaborateurs avant de dénoncer les manoeuvre de l’ancien procureur de la République, à l’origine de la procédure querellée. 

Aujourd’hui, la même personnalité semble se sentir offensée parce que les médias, qu’elle encensait hier et défendait hier, osent critiquer les actions des membres du Gouvernement. Au point, selon plusieurs sources, de réclamer des sanctions extrêmes et sévères, voire la fermeture pure et simple de GMT. Une volte-face qui illustre moins une volonté de justice qu’un réflexe d’autoprotection, teinté de cynisme politique et d’égocentrisme.

Une saisine qui prend appui sur une plainte subjective 

Plus troublant encore, la plainte adressée au média apparaît comme une mascarade juridique. Le document dont la rédaction de Dépêches 241 a reçu copie, ne cite aucun article précis ni aucune publication incriminée. Tout repose sur des accusations vagues et des interprétations subjectives. On y lit notamment : « Nous avons été saisis par Maître Tony Serge MINKO MI NDONG, Avocat au Barreau du Gabon et Conseil de Madame Laurence NDONG, Ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie Bleue, Porte-Parole du Gouvernement, suite, selon lui aux articles à charge, souvent anonymes, visant à salir l’image ou à remettre en cause la légitimité de sa cliente, publiés par le journal en ligne Gabon Média Time », a-t-on pu lire. Mais de quels articles s’agit-il ? Aucune précision n’a été apportée. L’impression dominante est celle d’une réaction d’ego froissé, plutôt que d’une saisine motivée et fondée sur des preuves tangibles. 

Derrière cette démarche, se profile un contraste saisissant entre le discours passé et les pratiques actuelles de Laurence Ndong. Celle qui, lorsqu’elle militait encore dans la diaspora en France, incarnait l’image d’une figure engagée pour la liberté et la démocratie, se révèle aujourd’hui intolérante à la critique et prompte à réprimer la presse. Ce renversement brutal dévoile une duplicité politique qui fragilise sa crédibilité. Si une telle réaction est possible pour de simples critiques médiatiques, que deviendrait le pays si elle disposait de pouvoirs plus étendus ?

Cette affaire révèle en outre, un mal plus profond, symptomatique de l’ensemble de la classe politique gabonaise. Nombre de ses membres se proclament partisans de la démocratie et de la liberté d’expression lorsqu’ils sont en marge du pouvoir. Mais une fois intégrés dans l’appareil d’État, ils adoptent le réflexe inverse : la critique devient insupportable, les promesses se diluent et la répression reprend le dessus. Cette mutation brutale traduit un rapport malsain au pouvoir, où l’engagement les valeurs morales d’antan servent souvent de pont pour des strapontins et des ambitions personnelles.

Entre duplicité politique, ivresse du pouvoir et susceptibilité personnelle 

Dans ce contexte, le cas Laurence Ndong n’est pas isolé mais exemplaire d’un mode de gouvernance où le contrôle de la presse est perçu comme une nécessité politique. Ce climat délétère, qui criminalise la critique et dénature le rôle de la presse, risque de plomber la  démocratie et l’état de droit que le Gabon prétend vouloir incarner. Car au lieu d’être un contre pouvoir, la presse est désormais traitée comme une menace à neutraliser.

Au regard de ce qui précède, l’assignation de GMT par Laurence Ndong n’est pas seulement une affaire de susceptibilité personnelle. Elle est révélatrice d’un tournant inquiétant pour la liberté d’expression au Gabon. La ministre, autrefois porteuse d’un discours progressiste sur les médias, s’inscrit aujourd’hui dans une logique autoritaire qui discrédite sa parole et nourrit la défiance de l’opinion publique. 

Cette affaire dépasse donc le cadre d’un conflit entre un ministre et un média : elle pose la question du devenir même du pluralisme et de la démocratie dans Ve République dont le fondement du contrat politique reposait sur la nécessité de mettre un terme aux pratiques avilissantes du régime Bongo-PDG. Pour l’heure ces pratiques demeurent, pire, elles semblent s’être amplifiées sous le pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema, et dans le cas d’espèce, c’est par le truchement d’un membre de son équipe gouvernementale. Indécent !

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