Eléctions Locales et Législatives 2025: l’urne, la farce ou les illusions perdues de la Ve République 

UDB et PDG, le virus et son variant ont régné en maître dans cette élection reproduisant les schémas anciens © DR

Libreville, le 30 septembre 2025 – (Dépêches 241). C’était pourtant promis : la Ve République, ce grand lessiveur des mœurs politiques, allait blanchir à jamais les vieilles combines électorales, ces taches de rouille sur la belle chemise blanche de la démocratie. On nous avait annoncé un nouveau Gabon, aseptisé, transparent, presque clinique. Mais à l’heure des comptes, le patient a rechuté, et la fièvre électorale a pris des allures de carnaval où les masques sont tombés trop vite. 

La transhumance électorale, ce vieux classique du genre, a offert un spectacle bucolique. Des troupeaux d’électeurs, subitement mobiles, ont traversé les circonscriptions avec la grâce de nomades suivant un calendrier mystérieux, non pas dicté par les pluies, mais par les sirènes de certains candidats et par l’épaisseur de leurs proches. On croyait voir un documentaire sur la grande migration, sauf que les gnous, ici, portaient des tee-shirts à l’effigie de leur berger.

Dans le registre de la collection privée, un seul individu détenant milles procurations a battu un record personnel. On imagine la scène : seul dans l’isoloir, tel un scribe royal, il coche, plie, glisse, répète. Une performance d’endurance qui mériterait presque une médaille, si elle n’était le symptôme d’un système où le vote devient une délégation en série, une fantaisie démocratique concentrée entre les mains d’un seul. Le suffrage universel se mue en suffrage universellement délégué, jusqu’à l’absurde.

Et que dire du bourrage d’urnes, cette vieille pratique artisanale qui connaît une renaissance touchante ? Les urnes, ces ventres sacrés de la République, ont été gavées comme des oies du Périgord. On les croyait conçues pour accueillir la libre expression du peuple ; elles se sont révélées être des coffres-forts où s’entassent, en vrac, les espoirs et les combines. Le résultat ? Une indigestion de bulletins qui fausse tous les régimes.

Le clou de ce spectacle, la cerise sur ce gâteau électoral un peu avarié, revient à la Cour Constitutionnelle. Alors que l’on s’attendait à un gardien sourcilleux de la loi, elle a joué les funambules en validant la non-authentification des bulletins. Une « entorse exceptionnelle », nous dit-elle, avec la gravité de quelqu’un qui avoue avoir oublié son passeport mais réclame malgré tout de passer la frontière. Le Code électoral, ce gros livre que l’on brandit comme un talisman, se voit donc aménagé à la hache, pour la bonne cause : celle de la praticité, sans doute, ou peut-être celle de l’exception qui confirme la règle… en la suspendant indéfiniment.

Alors, à qui la faute ? Aux acteurs de cette kermesse, certes, qui jouent leur partition avec un enthousiasme débridé. Mais le vrai scandale est peut-être dans cette comédie qui se répète, cycle après cycle, avec la régularité d’un mauvais feuilleton. On change de décor, on repeint les murs, on annonce une nouvelle saison, mais le scénario, lui, reste désespérément le même. La faute est à cette impuissance collective à tourner la page, à cette nostalgie des anciennes recettes qui, décidément, ont la vie dure. Le Gabon démocratique est en rodage, mais on dirait que la machine est livrée avec les mêmes vieux bugs. Et le technicien, visiblement, est toujours en voyage.

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