Poursuite des incohérences et irrégularités dans les résultats des élections : À quoi a donc servi l’audience d’urgence entre Oligui Nguema et Immongault ?

La rencontre d’urgence entre Oligui Nguema et Immongault était-elle une audience oisive ? © ComPrésidentielle

Libreville, le 2 octobre 2025-(Dépêches 241). Reçu d’urgence en audience  à l’aéroport Léon Mba par le président de la République, chef de l’État et chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, le ministre de l’Intérieur, Hermann Immongault persiste et signe avec la proclamation de résultats jugés incohérents et entachés d’irrégularités notoires issues du double scrutin législatif et local du 27 septembre. Une situation qui interroge : pourquoi avait-il été convoqué aussi diligemment par le numéro un gabonais alors que de nombreuses voix continuent de dénoncer les fraudes massives qui ont émaillé ces élections ?

Ce qui s’apparente à une crise électorale exigeait, sans doute, une intervention ferme et immédiate du chef de l’État. D’où la nécessité de recevoir promptement le ministre en charge de l’intérieur. Or, depuis cette rencontre, rien n’a changé. Aucune communication officielle n’a suivi, aucune sanction n’a été prise contre les responsables présumés de fraude, et le ministre de l’Intérieur poursuit imperturbablement la publication de résultats jugés tronqués.

Beaucoup espéraient que cette audience aurait pour but de rappeler à l’ordre les organisateurs du scrutin, accusés d’avoir dévoyé les orientations données par le chef de l’État avant son départ pour New York. Ce dernier avait réitéré son souhait de voir un scrutin « transparent, crédible et apaisé ». Pourtant, le constat est tout autre : d’anciens cadres du PDG, désormais passés à l’UDB, semblent avoir confisqué le processus, multipliant notamment les procurations douteuses qui auraient permis à plusieurs de leurs candidats de l’emporter.

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Pour certains observateurs, cette audience n’aura été qu’un écran de fumée,  « une audience oisive », destinée à rassurer l’opinion publique et à feindre une réelle préoccupation du chef de l’état. Dans les faits, Immongault semble avoir bénéficié de l’appui du sommet de l’État pour légitimer un processus largement contesté.

Ce scénario réveille de douloureux souvenirs. Les arguments avancés par les militaires lors du coup d’État du 30 août 2023, dénonçant des élections tronquées et frauduleuses, refont surface. Ironie de l’histoire, le pouvoir actuel, qui avait promis une rupture nette avec les pratiques d’Ali Bongo, se retrouve accusé de reproduire, voire d’aggraver, les mêmes travers. La fraude électorale atteint un tel niveau que même les anciens barons du PDG, pourtant coutumiers du fait, reconnaissent avoir trouvé dans l’UDB un maître en la matière.

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Plus inquiétant encore, les critiques de l’opinion semblent nourrir l’arrogance des fraudeurs. Comme si ces élections n’avaient jamais été conçues pour refléter la volonté du peuple, mais seulement pour donner à la communauté internationale l’illusion d’une démocratie en marche. Depuis le référendum du 16 novembre 2024, en passant par l’élection présidentielle du 12 avril dernier, jusqu’aux scrutins du 27 septembre, la même mécanique se répète : absence de transparence, confiscation des institutions et instrumentalisation du processus électoral au profit d’intérêts personnels et familiaux.

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Ainsi, au lieu d’incarner la rupture et de rétablir la confiance entre gouvernants et gouvernés, le pouvoir actuel semble s’enfoncer dans une logique de manipulation électorale. L’audience entre Oligui Nguema et Hermann Immongault, présentée comme une intervention d’urgence, n’aura été qu’une audience pour l’image, car en réalité elle n’a pas produit de résultats concrets. Depuis cette audience rien n’a bougé, rien n’a changé, Herman Immongault se présente chaque soir annoncer des résultats qui sont de facto contestés le lendemain et modifiés à la hussarde par l’ancien ministre d’Ali Bongo visiblement très sensible à la pression. 

Cette audience, au contraire, illustre la fragilité du système et l’absence de volonté politique de bâtir des institutions réellement crédibles. Dans ce contexte, la lassitude et la méfiance du peuple risquent de s’accentuer, ravivant le spectre d’une instabilité chronique dont le Gabon peine encore à se relever.

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