Élections 2025 : quand la Ve République d’Oligui vole la vedette de la fraude au régime d’Ali Bongo

L’Etat Major de l’UDB aura réussi le pari de faire pire que le PDG tout en trahissant l’esprit du 30 août © DR

Libreville, le 29 septembre 2025-(Dépêches 241). Il est certes indéniable qu’aucune élection ne s’est jamais déroulée au Gabon sans fraudes. Cependant, celles du 27 septembre dernier semblent avoir atteint un niveau jamais égalé par le passé. Entre dissimulation de bulletins de vote de certains candidats, urnes bourrées, transport massif d’électeurs et validation ou invalidation de candidatures en pleine campagne, ce fut un cafouillage sans précédent. Si le référendum constitutionnel de novembre 2024 et l’élection présidentielle du 12 avril dernier rivalisaient déjà avec les pratiques du régime Bongo-PDG, les législatives et locales qui viennent de s’achever l’ont surpassé, imposant une fraude massive à chaque étape du processus.

Les élections législatives et locales du 27 septembre resteront gravées dans la mémoire collective. Par elles, le régime d’Oligui Nguema a réussi le premier « exploit » de son septennat : surclasser avec une aisance déconcertante le système de fraude électorale mis en place par les Bongo. Pour la première fois dans l’histoire politique du Gabon, à l’issue d’un scrutin pourtant porteur d’espoirs, tous les acteurs ou presque s’accordent sur un seul qualificatif : fraude massive. 

De l’Estuaire au Haut-Ogooué, en passant par le reste du pays, le constat est identique. Les acteurs politiques décrivent une fraude électorale d’une ampleur inqualifiable, inédite dans notre histoire électorale. Cette situation n’a surpris que les naïfs, ceux qui s’accrochaient encore à l’illusion d’une rupture entre les pratiques du régime actuel et celles qui ont fait la réputation du régime Bongo-PDG. Dans les faits, rien n’a changé. Les autorités actuelles n’ont offert que des discours sans suite, sans volonté réelle de rompre avec les vieilles méthodes.

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La gestion de la CNOCER annonçait pourtant la couleur. Disqualifications de candidats sans motif, puis réintégration subite des mêmes, reconduction systématique de membres des commissions électorales pourtant décriés depuis l’ère Bongo-Valentin, et, comble de l’absurde, validation de candidatures en toute fin de campagne. Le cas de Jean-Rémy Yama, dont la candidature a été validée à trois jours de la clôture, en est une illustration.

Plus grave encore, certains candidats ont découvert avec stupeur, le jour du vote, que leurs candidatures avaient été invalidées à leur insu, sans notification préalable du ministère de l’Intérieur. On pourrait parler d’amateurisme si ce n’était pas la troisième élection organisée par les nouvelles autorités. Mais cette accumulation d’anomalies relève plutôt d’une organisation cynique et méthodiquement orchestrée. Car il est inconcevable qu’une institution ayant déjà conduit un référendum et une présidentielle « se rate » à ce point par simple négligence. De nombreux candidats ont ainsi été victimes de dissimulations de bulletins, tels que Pharel Boukika Mouketou de l’Union pour la Démocratie et l’Intégration Sociale (UDIS), dont les bulletins de vote ont été volontairement dissimulés dans les bureaux de vote à Akournam 1.

Le rappel à l’ordre du président de la République, qui affirmait vouloir des élections « transparentes et crédibles, dont les résultats seraient acceptés par tous », a sonné rétrospectivement comme un mot de passe pour légaliser la fraude et légitimer le détournement du vote citoyen. En réalité, ce sont les anciens réseaux PDGistes et UDBistes qui ont repris la main sur les institutions républicaines, reproduisant les mêmes pratiques honnis. À la place de l’État de droit, s’installe un État de non-droit ; à la place de la démocratie, une caricature vide de sens.

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Au-delà de la catastrophe politique que ces élections incarnent, c’est une fois de plus le peuple gabonais qui se retrouve floué. Un peuple qui avait voulu croire en ceux qui se présentaient comme des sauveurs, mais qui se révèlent être des clones du régime qu’ils prétendaient combattre. Ironie de l’histoire : Ali Bongo, de là où il se trouve, pourrait lever un verre à la souffrance des Gabonais. 

Lui qui déclarait « Certains de ceux qui sont aux affaires aujourd’hui et qui me vilipendent ont travaillé avec moi. N’ont-ils rien à se reprocher ? Les Bongo sont responsables de toutes les vicissitudes du Gabon ? Très bien, nous verrons s’ils feront mieux », a-t-il laissé entendre chez nos confrères de Jeune Afrique. Lui qui malgré tout, avait prévenu un peuple qui ne voulait rien entendre, aveuglé par l’illusion de la libération. Aujourd’hui, force est de constater que le régime actuel trône au sommet de la fraude électorale, ayant surpassé son prédécesseur dans l’art de confisquer la volonté populaire. 

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