
Libreville, le 9 octobre 2025 – (Dépêches 241). Le samedi 4 octobre 2025, le ministre des Travaux Publics et de la Construction, Edgard Moukoumbi, a arpenté avec une solennité toute ministérielle les chantiers du Camp de Gaulle et de l’esplanade Georges Damas Aleka. Sous le soleil de Libreville, les bulldozers et les grues semblent chorégraphiés pour un ballet officiel, où le bitume et le béton deviennent les accessoires d’une mise en scène politique soigneusement réglée.
Le flyover à 21% et les voiries à 87% d’avancement ne sont plus de simples pourcentages, mais les notes d’une symphonie développementale composée pour les oreilles des électeurs. Le ministre, en chef d’orchestre attentif, peut se féliciter de partitions respectées, dans un pays où les projets trop souvent s’endorment dans les tiroirs, à l’image de cette route Ndende-Mayumba construite par COVEC et aujourd’hui suspendue dans l’attente de fonds ou de volonté politique .
L’arc de triomphe de trente mètres dédié à Georges Damas Aleka, concepteur de l’hymne national, dresse une silhouette ambitieuse face à l’océan. Ce monument, qui abritera la culture des neuf provinces, semble incarner une nouvelle religion d’État où le patrimoine et le nationalisme s’embellissent mutuellement.
Pendant que la promenade de quatre cents mètres se pare pour les flâneurs et les touristes, on ne peut s’empêcher de penser à ces autres projets gabonais, comme les centrales hybrides de Ndjolé ou la mythique route à péage de l’aéroport , qui peinent à passer du stade de l’annonce à celui de la réalité. L’embellissement de la capitale a visiblement priorité sur l’électrification des provinces.
Derrière ce théâtre de chantiers modèles se dessine en filigrane l’ombre portée du président Brice Clotaire Oligui Nguema, que le PDG, le parti historique, a officiellement soutenu pour l’élection présidentielle d’avril 2025 . Ces réalisations infrastructurelles ne sont pas neutres ; elles tissent la narration d’une transition réussie, capable de moderniser le pays là où les régimes précédents auraient échoué.
La communication gouvernementale, habile, transforme chaque visite ministérielle en meeting électoral déguisé. Pendant ce temps, le pays oscille entre espoir et cynisme, se demandant si ces chantiers spectaculaires préfigurent un véritable développement ou s’ils ne sont que la façade rutilante d’un pouvoir en quête de légitimité.
Le vrai test ne sera pas l’inauguration en grande pompe prévue pour février 2027 , mais de savoir si ces ouvrages résisteront à l’épreuve du temps et des besoins d’une population qui demande plus que des arcs de triomphe pour se sentir véritablement citoyenne.







