
Libreville, le 14 octobre 2025-(Dépêche s 241). Par l’intermédiaire de la page Facebook de l’activiste gabonaise Princesse de Souba, la Garde Républicaine a acté le limogeage du Lieutenant-colonel Lucamar Ankama, remplacé par le Lieutenant-colonel Mabele Djeskain au poste de commandant du Groupement de la Sécurité Rapprochée (GSR). Le document, signé du commandant en chef de la Garde Républicaine (GR), Antoine Balakidra, ne précise pas les motifs de cette décision. Mais ce renvoi intervient dans le sillage d’une rocambolesque affaire de rapt d’un homme d’affaires chinois impliquant des éléments de la Direction Générale des Services Spéciaux (DGSS). Si les autorités n’ont pas officiellement réagi à cet imbroglio diplomatique, cette décision apparaît comme un signal fort contre les dérives d’une certaine élite militaire habituée à l’impunité, tout en cherchant à désamorcer les tensions entre Libreville et Pékin.
L’affaire du kidnapping de ce ressortissant chinois, survenue le 29 septembre dernier, et d’abord perçue comme une invention des activistes Jonas Moulenda et Princesse de Souba, accusés d’hostilité envers le nouveau régime, semble donc avoir eu raison du Lieutenant-colonel Lucamar Ankama, surnommé « Commando ++» et ses affidés. En effet, une note de service datée du 14 octobre 2025 et signée du commandant en chef de la GR annonce que le désormais ex-commandant du Groupement de la Sécurité Rapprochée du président de la République est relevé de ses fonctions et remplacé par son collègue, le Lieutenant-colonel Mabele Djeskain. Ce remplacement intervient alors que le nom de ce proche du chef de l’Etat a été cité parmi les ravisseurs à l’origine de l’enlèvement du ressortissant chinois.
À travers cette décision, les autorités entendent rappeler à l’ordre certains agents indélicats qui s’illustrent par des actes criminels qui se permettent de ternir l’image des institutions de la République au nom des relations qu’ils entretiennent avec le chef de l’État. C’est également une manière de rassurer les ressortissants chinois et les autres communautés étrangères vivant au Gabon quant à la volonté affirmée de l’État de protéger les biens et les personnes sur l’ensemble du territoire national. Bien que les autorités aient été critiquées pour la lenteur de leur réaction, cette mesure, aussi tardive soit-elle, constitue un geste fort et nécessaire pour restaurer, au moins en partie, la confiance des populations envers les institutions de la République.
Au-delà du cas individuel de Lucamar Ankama, cette affaire pose à nouveau la question de la discipline et de la moralité des forces de sécurité et de défense, déjà mises à mal par de multiples bavures et dérives constatées depuis le début de la transition. Qu’un officier supérieur de la garde présidentielle soit impliqué dans un acte aussi grave que le kidnapping à des fins d’extorsion illustre la profondeur du malaise au sein des appareils de sécurité censés protéger les citoyens.
Le commandant de la Garde Républicaine, le Général de Brigade Balakidra, semble vouloir démontrer sa fermeté face à ces pratiques déviantes et réaffirmer la doctrine militaire du corps qu’il dirige. Ce limogeage est aussi une manière de préserver la crédibilité du président Brice Clotaire Oligui Nguema, régulièrement accusé de cautionner les abus et les dérives de certains membres de ses troupes.
Cette affaire, d’apparence anecdotique mais au fond révélatrice des dérives au sein des forces de l’ordre, met en lumière les limites de la gouvernance sécuritaire du régime en place. Si la sanction infligée au Lieutenant-colonel Ankama peut être perçue comme une première étape vers la restauration de l’autorité de l’État, elle appelle surtout à une réforme en profondeur de la chaîne de commandement et à un assainissement moral de l’appareil militaire. Sans cela, les dérives individuelles continueront de discréditer le pouvoir et de fragiliser la confiance des citoyens dans les institutions censées garantir leur sécurité.







