Oligui et le grand coup de balai : quand la démocratie gabonaise fait de la figuration dans une comédie bien réglée

Assemblée Nationale acquise à sa cause après un scrutin aux irrégularités manifestes, Oligui Nguema comme avec la Constitution s’arroge tous les pouvoirs

Libreville, le 15 octobre 2025 – (Dépêches 241). À l’issue d’un scrutin dont la sérénité n’a eu d’égale que la prévisibilité du résultat, le Gabon vient de vivre un moment historique : la consécration du parti État-major et la transformation de l’opposition en figurants volontaires d’une pièce de théâtre dont ils n’avaient pas reçu le dernier acte. Sous le regard bienveillant d’un Général-Président qui mène la Ve République comme on mène une manœuvre militaire, les législatives et locales ont offert au monde le spectacle édifiant d’une démocratie sans accroc, ni suspense.

Le score, aussi massif qu’une forêt équatoriale après la saison des pluies, laisse pantois les observateurs les plus aguerris. L’armée des candidats du parti présidentiel a tout balayé sur son passage, des bureaux de vote de Libreville aux villages les plus reculés de l’intérieur, prouvant, s’il en était encore besoin, que la volonté populaire sait se montrer… raisonnable. Dans cette grande messe électorale, les urnes ont parlé, et elles ont dit « amen »

Paulette Missambo, dont la verve et l’élégance avaient un temps fait croire à un possible sursaut, se retrouve à compter les miettes d’un gâteau dont elle avait pourtant dessiné la recette. Son parti, présent sur tout le territoire, a découvert à ses dépens qu’il est difficile de rivaliser avec une machine électorale aussi bien huilée que le moteur d’une voiture de fonction. La dame de fer de l’opposition semble avoir été renvoyée à son statut de spectatrice, condamnée à commenter depuis les gradins un match aux irrégularités manifestes dont les dés étaient jetés depuis longtemps.

Alexandre Barro Chambrier, l’économiste au verbe précis et aux costumes impeccables, a quant à lui appris une douloureuse leçon de mathématiques politiques : les pourcentages de croissance théorique pèsent bien peu face aux majorités absolues concrètes. Lui qui pensait incarner l’alternative technocratique et raisonnable découvre que la raison d’État a ses propres calculs, bien plus implacables que ceux des manuels d’économie.

Quant à Jean François Ndong Obiang, le jeune louvard de la politique gabonaise, sa déconvenue est peut-être la plus amère. Lui qui croyait au renouvellement et à la vitalité démocratique se retrouve floué non par le sort, mais par un système qu’il a accompagné et vanté les mérites. Un système qu’il semble avoir érigé la continuité en vertu cardinale. Son ambition, pourtant si bien affichée, se heurte au mur du réel : on ne change pas de capitaine en pleine traversée du désert, surtout quand le navire est déjà arrivé à bon port.

La transition gabonaise, donc, aura ce mérite : la clarté. Exit les ambiguïtés de l’ère précédente, place à un pouvoir fort, légitimé par des urnes dociles et une opposition décorative. Le général Oligui n’a pas raflé la mise, il était la mise. Dans ce grand monopoly politique, les opposants n’étaient que les pions colorés d’un jeu dont ils ne tenaient pas les dés. La démocratie gabonaise, sous ce nouveau règne, ressemble à s’y méprendre à ces fleurs en plastique qui ornent les bureaux des administrations : belles à regarder, immuables, mals définitivement stériles.

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