
Libreville, le 31 octobre 2025-(Dépêches 241). L’avènement du coup d’État du 30 août 2023 semble avoir apporté son lot de difficultés, parfois plus préoccupantes encore que celles de l’ancien régime. Cela se donne à voir notamment à travers les dysfonctionnements persistants de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) qui, loin de s’améliorer, s’enlise. Les délestages électriques, devenus chroniques, tendent à s’installer dans le paysage national comme une norme. Une situation qui interroge et suscite des inquiétudes légitimes, au regard des engagements pris par le Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, et de la nouvelle Constitution qui consacre le droit à l’énergie et à l’eau pour chaque citoyen gabonais.
La Constitution soumise à référendum le 16 novembre 2024, dispose en son article 37 que « l’État garantit à tous l’accès à l’eau potable et à l’énergie ». Autrement dit, l’eau et l’électricité constituent des droits fondamentaux pour tout Gabonais, où qu’il se trouve sur le territoire national. Ces droits obligent l’État non seulement à garantir un minimum vital, mais aussi à permettre à chaque citoyen, s’il le souhaite, de le poursuivre en justice en cas de manquement à ses obligations. Or, depuis le coup d’État du 30 août 2023, qui avait ravivé l’espoir d’un peuple longtemps meurtri, tout semble au point mort. Les Gabonais continuent de manquer d’eau et d’électricité, deux biens essentiels au quotidien, pourtant le pays regorge de ressources hydrologiques considérables, avec une pluviométrie abondante sur près de neuf mois par an, quand le soleil ne manque pas.
Bien que les problèmes de la SEEG ne datent pas d’hier, le constat actuel est particulièrement amer: la situation s’aggrave de jour en jour. Il ne se passe plus une seule journée sans coupure d’électricité. Le Grand Libreville, capitale politique et vitrine du pays, subit souvent plus de quatre voire cinq ou six délestages quotidiens. Certes, la SEEG connaissait déjà des défaillances structurelles sous le précédent régime, mais la « libération supposée » issue du coup de force militaire censé marquer la rupture avec le système Bongo-PDG semble avoir fait exploser le thermomètre. Les coupures intempestives sont devenues une coutume nationale. Quant à l’eau potable, elle est aussi rare que la bonne gouvernance sous les tropiques. Les robinets sont secs, certains foyers n’en voient pas une goutte depuis des années. Et ceux qui en reçoivent sporadiquement constatent une qualité d’eau malodorante, impropre à la consommation, avec laquelle il est parfois impossible de faire la lessive ou même la vaisselle.
Des excuses et justifications interminables…
Pendant ce temps, les autorités détournent le regard, visiblement plus préoccupées par autre chose que par les souffrances des populations. Pour donner l’illusion d’une réaction, l’Administrateur Directeur Général (ADG) de la SEEG est parfois envoyé à la télévision nationale pour ce qui s’apparente à un monologue convenu. Ce fut le cas récemment, lorsqu’il est allé présenter des excuses à la population pour les coupures d’électricité à répétition. Une scène perçue par beaucoup comme une véritable moquerie, d’autant que nombre de téléspectateurs étaient, au même moment, plongés dans le noir, incapables de suivre ce spectacle.
Pire encore, l’ADG aurait justifié certains de ces délestages par les raccordements progressifs des centrales flottantes de Karpowership, opérées par un industriel turc et facturées à prix d’or au contribuable Gabonais. En réalité, ces installations seraient techniquement incompatibles avec le réseau de la SEEG, comme l’avaient déjà été, au début de la Transition, les groupes électrogènes importés de Chine. Ces explications confuses et contradictoires ne semblent avoir convaincu personne. L’opinion publique, désabusée, se sent trahie et maltraitée par des autorités en qui elle avait placé sa confiance, espérant que la Ve République mettrait fin à leurs péripéties du passé.
Comme un air de mépris envers la clientèle…
Au lieu de cela, c’est le désenchantement général qui s’installe. Le comble du cynisme: pendant que les citoyens croupissent dans la misère, privés d’eau et d’électricité, le 28 octobre dernier, la Direction du capital humain de la SEEG a annoncé à l’ensemble de son personnel le paiement d’une prime de gratification pour le compte de l’année en cours, laquelle s’élève à 1, 2% du salaire de base de chaque agent. Une décision perçue comme une insulte et comme la preuve manifeste du mépris des dirigeants de cette entreprise envers les usagers, qui peinent à comprendre comment une entreprise qui se dit confrontée à de graves difficultés financières, en vient à octroyer des gratifications à ses employés, alors que l’inquiétude est de plus en plus grandissante quant à la capacité de la SEEG à satisfaire sa clientèle. Une chose est certaine, c’est toujours et encore le consommateur qui se retrouve, comme souvent, floué, inconsidéré et privé de l’essentiel.
Face à la colère grandissante, certains médias ont cru bon de diffuser, sur les réseaux sociaux , des images du chantier du barrage hydroélectrique de Kinguélé Aval, comme si ces images suffisaient à éclairer les ménages plongés dans l’obscurité. Une énième opération de communication maladroite qui met davantage en lumière l’incapacité du régime à garantir le minimum vital à ses citoyens. Peu à peu, l’opinion en vient à craindre que ces délestages répétés soient désormais instaurés par le pouvoir comme une normalité à laquelle les populations n’auraient d’autre choix que de s’y accommoder.







