
Libreville, le 15 novembre 2025 – (Dépêches 241). Le procès lié à l’affaire Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin Bongo Valentin aura révélé une chose : le pouvoir actuel, issu du coup de force supposé du 30 août 2023, n’est pas en mesure de juger le système Bongo-PDG. Pour éviter la flagrance et maintenir une partie de la population dans l’illusion, il a feint des poursuites contre le système à travers l’ex-première dame et son fils. Pourtant, le système demeure intact, et ses principaux artisans ne semblent nullement inquiétés. Une situation particulièrement préoccupante qui met en évidence la continuité du même ordre politique.
À en croire ce que de nombreux observateurs de la scène politique gabonaise qualifient de « parodie de procès » depuis le 10 novembre, la justice gabonaise aurait définitivement perdu sa crédibilité aux yeux des citoyens et peut-être même aux yeux du monde. Car, par ce simulacre de justice, non seulement elle semble démontrer sa totale soumission au pouvoir politique, mais les décisions issues de ce cirque tendraient à confirmer les allégations de ceux qui, jusque-là, affirmaient que ce régime post-transition n’est que la continuité de celui qu’il prétend avoir renversé.
Dans ces conditions, les poursuites visant les Bongo-Valentin et certains de leurs acolytes ne seraient qu’une simple illusion destinée à entretenir le soutien de certains crédules et à susciter, autant que faire se peut, l’empathie des autres sur la supposée sincérité des nouvelles autorités à se dresser contre le système, pourtant bien vivant, des Bongo-PDG, qui a travesti la manière de pratiquer la politique et bien d’autres domaines au Gabon.
Une rupture promise, une continuité assumée
Selon une opinion largement répandue, il ne s’agit donc pas d’un procès, comme l’aurait souhaité le peuple gabonais, au nom duquel la justice est censée être rendue, mais d’une mise en scène orchestrée par les nouvelles autorités elles-mêmes issues du système supposément déchu. À cet effet, les autorités multiplieraient les diversions pour faire croire à une rupture avec l’ancien régime. Or, à l’épreuve des faits, même le Gabonais le moins instruit s’aperçoit clairement qu’on est très loin de la rupture et du changement promis.
En réalité, il semble que la population a pêché par excès d’espoir : dès l’instant où le nouveau pouvoir a choisi de reconduire, sans consultation, les mêmes acteurs politiques, parfois aux mêmes postes et promus d’autres de même acabit, il aurait dû être clair pour chacun que le régime militaire n’avait aucune intention ni la volonté de rompre avec les anciens bourreaux du peuple. Sans doute, le nouveau régime souhaitait simplement les remplacer. Conséquence évidente: depuis lors, les nouvelles autorités n’ont cessé de multiplier, non des erreurs, mais des actes qui prolongent le système.
Le coup d’État, ou la « révolution de palais »
Ainsi, le coup d’État que d’autres ont ironiquement appelé la « révolution de palais » n’avait jamais eu pour ambition de détruire le système, et encore moins de le traîner devant les tribunaux, mais bien de le revigorer à travers des faux-semblants. Ce qui explique que les nouvelles autorités, au lieu d’éradiquer le système Bongo, en s’attaquant à ses représentants, en sont désormais l’incarnation même. Dès lors, leur demander de juger le système Bongo-PDG, revient à leur demander de se juger elles-mêmes. Cela n’est objectivement pas possible. D’autant que nombre d’entre ces personnalités sont nées dans ce système et ont été biberonnées et façonnées par lui. Se liguer contre lui, ou leur demander d’y mettre un terme, reviendrait à leur exiger de s’auto-neutraliser.
Ce qui pourrait, logiquement, expliquer que le régime militaire refuse de juger le système Bongo qui l’a fait naître, mais se montre plus enclin à poursuivre des acteurs mineurs, en l’occurrence Sylvia Bongo Ondimba, son fils Nourredin Bongo Valentin et compagnie , pour tenter de se donner une crédibilité aux yeux de la population. Pendant ce temps, il collabore, non sans un certain zèle, avec de nombreuses figures tutélaires de ce système macabre. Or, nonobstant la crédulité de certains qui refusent de reconnaître s’être trompés de « libérateur », la majorité prend progressivement conscience qu’elle ne peut compter sur le pouvoir actuel pour faire tomber la nébuleuse.
Un système inchangé sous un autre nom
D’autant que les arcanes du pouvoir actuel demeurent peuplés de personnalités de l’ancien régime, devenues souverainement riches sans posséder d’entreprises capables de justifier une telle opulence. Le comble du cynisme est que ceux à qui le nouveau pouvoir voulait faire porter le fardeau de tous les péchés d’Israël ont été discrètement exfiltrés du pays, si bien qu’au final, ni les véritables responsables, ni Sylvia Bongo, ni son fils Noureddin Bongo Valentin ne paieront réellement le prix des souffrances endurées par les populations durant ces quatorze années.
Dans ces conditions, il semble inopportun d’espérer voir un jour le régime Bongo à la barre sous les autorités actuelles. Cela n’aura pas lieu. Car le régime n’a jamais changé : il est le même. Seuls certains noms ont été substitués par d’autres. Conséquence : au lieu du « système Bongo-PDG », on a simplement apposé un peu de vernis en le rebaptisant « système Oligui-UDB ».







