
Libreville, le 19 novembre 2025 – (Dépêches 241). À l’heure où la Ve République s’apprête à connaître la première recomposition gouvernementale post-élections législatives et locales, une question s’impose avec une insistance presque gênante: que reste-t-il du poids politique de Paul Marie Gondjout ? L’homme, déjà affaibli par des années d’errance stratégique, ressort de ces élections non pas amoindri, mais littéralement dépouillé de son aura après une défaite cuisante contre le PDG de Madeleine Berre.
Dans le landerneau politique gabonais, il y a des personnalités que la politique sculpte. D’autres qu’elle révèle. Et d’autres encore qu’elle démasque cruellement. Paul Marie Gondjout semble appartenir à la dernière catégorie, celle dont l’effritement progressif met en lumière l’absence de consistance initiale. La politique n’a pas détruit sa stature de l’ancien ministre de la Justice, elle a simplement démontré qu’il n’en avait pas.
Son revers électoral face à Madeleine Berre, ancienne ministre d’un PDG honni par une partie de la population, a eu l’effet d’une gifle politique. Non seulement Gondjout a été battu, mais il l’a été sans combat, sans souffle et sans socle électoral, comme si sa présence dans la circonscription était purement décorative. L’homme qui se drapait dans son statut ministériel n’a pas réussi à convaincre même les électeurs supposés acquis.
Il a été battu non pas sévèrement, mais aussi symboliquement par une figure de l’ancien régime, alors qu’il incarnait le renouveau. Condamné par cette défaite, Paul Marie Gondjout se retrouve contraint à jouer les bouches-trous institutionnels en assurant l’intérim du Dr Séraphin Davain Akure, élu à Lambaréné.
De l’Union Nationale à l’Union Nationale Initiale : un parcours politique en zigzag
Qu’on se souvienne de l’épisode fondateur : la défaite interne face à Paulette Missambo, encore une femme, qui l’a expulsé de l’Union Nationale comme une vérité que l’on ne veut plus contourner. Il quitte alors le Parti avec fracas, convaincu qu’en créant l’Union Nationale Initiale (UNI), il serait le dépositaire d’une « nouvelle offre politique ». Une ambition vite évaporée. L’UNI n’aura été qu’un radeau politique gonflé à l’air chaud, avant même de toucher l’eau. L’homme va opérer contre toute attente une tentative de ralliement opportuniste à Ali Bongo.
À la veille de la présidentielle d’août 2023, Gondjout choisit un virage spectaculaire : se rapprocher d’Ali Bongo, au nom d’une prétendue volonté « d’ouvrir le jeu démocratique ». Ironie de l’histoire, ce ralliement n’a ouvert le jeu que pour lui-même, un jeu de survie personnelle, pas un projet national.
Plus encore, il a renoncé à sa propre formation politique pour se fondre dans l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), le Parti présidentiel, abandonnant son discours, son projet, son identité politique, et jusqu’à son existence programmatique. Quand un leader jette son propre Parti aux orties, il en dit long sur sa propre densité.
Un homme sans base, sans victoire, sans influence ?
Dans un paysage politique où chaque responsable est évalué à sa capacité à tenir un territoire, mobiliser une base, convaincre une population, la fiche de Paul Marie Gondjout est d’une implacable limpidité. Le constat est brutal, mais incontournable. Paul Marie Gondjout n’a aujourd’hui ni base électorale, ni assise politique, ni victoire personnelle à présenter. Il a perdu dans l’opposition. Il a perdu au sein de sa propre famille politique. Il a perdu dans la majorité. Et il vient de perdre face à une candidate associée à un Parti que l’opinion publique a longtemps vilipendé.
Si même les vieilles rancœurs contre le PDG n’ont pas suffi à lui offrir une victoire, c’est que le problème n’était pas Madeleine Berre. Le problème, c’était peut-être Paul Marie Gondjout.
Brice Oligui Nguema a-t-il intérêt à reconduire un ministre qui n’a rien apporté ?
La politique gabonaise est entrée dans un moment de vérité, où seuls résistent ceux qui ont quelque chose à offrir, des idées, un territoire, une victoire, un souffle. Aujourd’hui, Gondjout semble plus affaibli que jamais. Dans un contexte où la Transition cherche l’efficacité, la légitimité, la compétence et la crédibilité, la présence de Paul Marie Gondjout apparaît comme un luxe inutile.
Que gagne le Président de la République, Chef de l’Etat Brice Clotaire Oligui Nguema, à reconduire un membre du Gouvernement incapable de faire gagner un siège supplémentaire à la majorité ? Incapable de s’imposer politiquement dans une circonscription pourtant favorable ? Incapable de maintenir sa propre influence ? Incapable, au fond, de prouver qu’il pèse quelque chose, même symboliquement ?
Le prochain Gouvernement aura besoin de force. Paul Marie Gondjout a-t-il encore de la force ? Dans la Ve République naissante, la lucidité sera un impératif politique.







