Dette « abyssal » du Gabon: accuser les Bongos-Valentin pour masquer l’impasse et diluer les responsabilités ?  

Pour Oligui Nguéma, Ali Bongo, Sylvia et Noureddin sont les seuls responsables de la dette abyssale du pays © ComPrésidentielle

Libreville, le 26 novembre 2025 – (Dépêches 241). La question de la dette gabonaise reste au cœur des préoccupations, malgré le changement de régime opéré en août 2023. Alors qu’il affirmait au début de la transition que « le pays avait de l’argent », le président Brice Oligui Nguéma reconnaît désormais l’inverse. Profitant de la visite officielle d’Emmanuel Macron, il a admis que son gouvernement avait hérité d’une dette « abyssale », imputée à la « gestion irresponsable et opaque » d’Ali Bongo, de son épouse Sylvia et de leur fils Noureddin. Une déclaration qui soulève une contradiction majeure : pourquoi avoir organisé la sortie discrète du trio hors du pays si ceux-ci sont tenus pour seuls responsables du naufrage économique actuel du pays ?

Soyons clairs, aucun analyste politique ou économique ne peut contester la gestion scabreuse des finances publiques sous Ali Bongo, entre 2009 et 2023, marquée notamment par le clientélisme, l’opacité et l’endettement inconsidéré. Cependant, près de trois ans après la prise du pouvoir par les militaires, aucune amélioration tangible ne semble poindre à l’horizon. À contrario, le pays s’enlise davantage.  À cet effet, la dette du pays est passée de 53 % du PIB au départ d’Ali Bongo à plus de 71 % aujourd’hui, dépassant allègrement les plafonds fixés par la CEMAC. Le constat est particulièrement  brutal : la méthode que le pouvoir militaire prétendait vouloir corriger est précisément celle qu’il reproduit. Résultat: le pays est en stagnation permanente. 

Les nouvelles autorités ne semblent d’ailleurs pas prêtes à infléchir ni le rythme ni cette trajectoire. Oligui Nguéma avait lui-même annoncé, dans l’émission « Un candidat, un projet », son intention de recourir massivement à l’emprunt pour financer son projet de société  évalué à plus de 7 000 milliards de FCFA. La loi de finances 2026 confirme,  à ce titre, cette orientation : près de la moitié du budget repose essentiellement sur l’endettement. Si l’ancien régime porte une large part de responsabilité dans la situation délétère de l’économie gabonaise, le pouvoir issu de la transition ne saurait pour autant se dédouaner de son implication depuis le départ de l’ancien régime, en creusant un gouffre encore plus profond, sans vision ni cap économique clair.

Dans le fond,  le problème n’est pas l’endettement en soi. C’est l’usage qui en est fait des fonds. Or, les nouveaux dirigeants semblent emprunter pour entretenir des dépenses sur une structure économique défaillante,  comme le faisait déjà le régime précédent. En plus de deux ans d’exercice du pouvoir, aucune réforme économique cohérente n’a été engagée, aucun plan de redressement n’a été présenté, aucun ajustement structurel viable n’a été initié. Les promesses répétées n’ont aucune traduction concrète.

Pourtant, le redressement économique d’un pays comme le Gabon exige une stratégie fondée sur la production, l’industrialisation ciblée des secteurs porteurs, l’augmentation de la valeur ajoutée locale et la réduction de la dépendance aux importations. Rien de tout cela n’apparaît, de façon claire, dans la gouvernance actuelle. Le pouvoir post-transition agit comme s’il ignorait que l’endettement, lorsqu’il n’est pas adossé à une transformation réelle de l’économie, ne sert qu’à retarder l’effondrement.

In fine, en attribuant la crise de la dette du Gabon exclusivement à la famille d’Ali Bongo, Oligui Nguéma cherche surtout à masquer son incapacité à proposer une alternative crédible et viable. Le constat est simple : si le passé a nui au pays, le présent ne fait qu’aggraver la situation. Sans rupture réelle, le Gabon reste prisonnier d’un cycle d’endettement stérile et condamne ses générations futures à payer le prix d’une gouvernance qui n’apprend rien de ses propres erreurs.

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