Procès Valentin et Gestion post-AVC d’Ali Bongo: En annonçant une enquête parlementaire Ntoutoume Ayi va t-il ouvrir la boîte de pandore ?  

Le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a décidé de saisir le Bureau de l’Assemblée nationale en vue de la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les années de gestion du Gabon après l’AVC d’Ali Bongo ©Montage Dépêches 241

Libreville, le 27 Novembre 2025 – (Dépêches 241). L’annonce faite par le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi de saisir le Bureau de l’Assemblée nationale en vue de la création d’une commission d’enquête parlementaire marque un tournant politique aussi sensible que symbolique. Officiellement, il s’agit de faire toute la lumière sur le rôle des institutions gabonaises au lendemain de l’AVC d’Ali Bongo Ondimba. Officieusement, c’est toute l’architecture du pouvoir de la période finissante qui pourrait se retrouver exposée.

L’initiative de l’actuel Député du 2e arrondissement ne relève pas d’une improvisation conjoncturelle, mais s’inscrit dans la continuité logique de l’engagement politique de Ntoutoume Ayi au sein du mouvement citoyen « Appel à agir », ce collectif de dix personnalités qui, dès 2019, en pleine période de troubles et de silence institutionnel, osait formuler une question dangereuse mais devenue depuis historique : « Qui gouverne réellement le Gabon ? ». Parmi ses membres figurait notamment l’ancien Directeur de la Dette, dans un contexte où l’état de santé chancelant du chef de l’État alimentait déjà les doutes les plus graves.

Le timing de cette annonce n’est pas neutre. Elle intervient au lendemain du procès dit de la « Young Team », rebaptisé par une partie de l’opinion comme une véritable « parodie judiciaire », en raison de son caractère jugé partial et de la sélectivité des responsabilités exposées à la barre. Loin d’un simple effet d’opportunité politique, la démarche du député d’Akanda apparaît comme le prolongement cohérent d’un combat mené de longue date contre ce qu’il qualifie lui-même d’« imposture au sommet de l’État ».

L’enquête parlementaire qu’il entend promouvoir ne se limiterait pas aux faits révélés lors du procès Valentin. Elle ambitionne, selon ses propres termes, d’interroger en profondeur le rôle, la passivité, voire la complicité de l’ensemble des institutions de la République au cours de la période post-AVC. Il ne s’agirait donc plus de juger quelques hommes, mais de questionner un système, des silences et des mécanismes de gouvernance qui auraient permis la survie artificielle d’un ordre politique fragilisé.

Cette volonté de rupture avec une justice de façade trouve un écho dans les déclarations du procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Dr Eddy Minang, qui a annoncé l’audition prochaine des personnes citées par les accusés durant le procès. Ntoutoume Ayi, quant à lui, assume une ambition plus large : « Je saisirai le Bureau de l’Assemblée nationale pour demander la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire qui aura pour mission de faire toute la lumière sur le rôle des institutions de la République au lendemain de l’AVC d’Ali Bongo », a-t-il indiqué dans un entretien accordé au média Le Confidentiel.

Mais c’est précisément là que se dessine la boîte de Pandore. En remontant le fil des événements, une telle commission risquerait de mettre en cause des personnalités qui, jusqu’ici, ont été volontairement épargnées par le nouveau régime. Ministres hier discrets, hauts responsables administratifs, figures technocratiques recyclées dans la transition : la Ve République pourrait se retrouver éclaboussée par les vérités d’hier, soigneusement différées au nom de la stabilité.

Pour Ntoutoume Ayi, l’enjeu dépasse les condamnations individuelles. « En tant que citoyen et responsable politique, je ne peux ignorer ce qui a été dit, donc confirmé au cours de ce procès », martèle-t-il. Il réclame non seulement des comptes, mais une introspection nationale. « Notre pays ne peut se satisfaire de ce seul procès pour traiter de cette période […] Le pays se doit d’écrire froidement cette histoire et d’en tirer les leçons », défend-il avec gravité.

Derrière la solennité du discours, une question demeure : le système est-il prêt à se regarder dans le miroir qu’il a soigneusement évité pendant des années ? En voulant lever le couvercle d’un passé institutionnel verrouillé, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi ne convoque pas seulement une commission. Il convoque une vérité. Et, avec elle, le risque politique majeur d’une République confrontée à ses propres silences, à son passé peu reluisant et à ses compromissions qu’il refuse d’assumer, d’exhumer et d’exorciser. 

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