
Libreville, le 10 Décembre 2025 – (Dépêches 241). Alors que la controverse enfle autour de la Taxe Forfaitaire d’Habitation (TFH), perçue comme une mesure injuste et socialement régressive, un examen attentif du projet de loi de finances 2026 révèle une décision gouvernementale qui interroge profondément le sens des priorités publiques. Au moment où l’on demande aux ménages gabonais, déjà éprouvés par un contexte économique tendu, et par crise sociale à venir, de consentir à un nouvel effort fiscal, les dépenses de fonctionnement de la plus haute institution du pays connaissent, elles, progressent de façon spectaculaire.
Selon les données officielles, les effectifs de la Présidence de la République s’apprêtent à connaître un hausse vertigineuse en passant de 1 419 agents en 2025 à 2 182 en 2026, soit 763 agents supplémentaires en une seule année. Une augmentation d’une telle ampleur, au sein d’une institution déjà fortement dotée en moyens humains, ne peut qu’interpeller. Elle traduit non seulement une inflation structurelle du fonctionnement administratif, mais également une absence manifeste de discipline budgétaire à un moment où l’État prône l’effort collectif.
Une masse salariale qui explose : plus 8 milliards entre 2025 et 2026
Cette montée en puissance des effectifs entraîne mécaniquement une hausse spectaculaire de la masse salariale de la Présidence. Celle-ci devrait passer de 6,2 milliards de FCFA en 2025 à 14,2 milliards de FCFA en 2026, soit une augmentation de 8 milliards. Cette progression interroge d’autant plus qu’elle intervient au moment précis où le gouvernement justifie la création de la TFH par la nécessité de « sécuriser des recettes supplémentaires ».
La Taxe Forfaitaire d’Habitation, qui sera prélevée directement via les factures d’électricité de la SEEG, devrait rapporter près de 2,8 milliards de FCFA par an à l’État. Le contraste est saisissant tout autant qu’il brille par son incohérence. L’Etat consent à dépenser 8 milliards supplémentaires pour le seul fonctionnement salarial de la Présidence alors qu’il entend récupérer 2,8 milliards auprès des ménages, en grande majorité modestes, via une taxe obligatoire et difficilement contournable.
2,8 milliards attendus de la TFH : faire payer les plus modestes ?
Cette situation crée un malaise profond et invite au questionnement: Comment justifier qu’au moment où les Gabonais sont exhortés à faire preuve de résilience, l’administration présidentielle, elle, s’octroie une marge de manœuvre aussi coûteuse ? L’impression qui se dégage est celle d’une gouvernance dissonante, où l’effort demandé aux plus fragiles ne s’accompagne pas d’une exemplarité institutionnelle.
Pour nombre d’observateurs, il s’agit même d’une forme de gouvernance morbide, dans laquelle les ménages vulnérables sont appelés à se sacrifier pendant que les structures étatiques les mieux dotées continuent d’accroître leurs dépenses sans rationalisation préalable.
Pour une gouvernance alignée avec les réalités sociales
De cette situation, une question s’impose: Pourquoi créer une taxe qui rapporte 2,8 milliards par an, si la Présidence augmente simultanément ses dépenses de 8 milliards ?Une réduction de la masse salariale, une rationalisation des effectifs ou une modération du train de vie de la Présidence auraient permis d’éviter, ou du moins d’alléger, la pression fiscale exercée sur les citoyens.
Dans une période marquée par la baisse du pouvoir d’achat, la montée du chômage et la fragilisation des classes moyennes, la décision d’instaurer une taxe tout en augmentant les charges de la Présidence apparaît comme un signal contradictoire ou une attitude méprisante de l’Etat qu’on dit visiblement déconnecté du vécu quotidien et de la réalité des Gabonais. Un État responsable se doit de donner l’exemple, et de démontrer que la solidarité qu’il exige de la population commence par la discipline de ses propres institutions.







