Henri Claude Oyima: « Désormais l’Etat fixe les règles et vous exécutez »

La sortie du ministre de l’Economie est considérée pour beaucoup comme un aveu de mépris de l’Etat face une Loi de finance de plus en plus contestée  ©Montage Dépêches 241

Libreville, le 10 Décembre 2025 – (Dépêches 241). La récente prise de parole du ministre de l’Économie, de la Dette, du Budget et des Participations, Henri Claude Oyima, lors de la séance de travail consacrée à l’examen de la Loi de finances 2026, aura laissé un goût amer. Une sortie jugée brutale, dédaigneuse et symptomatique d’un pouvoir public désormais coupé de la réalité vécue par la population.

Alors que la loi de finances, présentée comme un outil de redressement, est désormais qualifiée par l’acteur politique et civique Geoffroy Foumboula Libeka de véritable « catastrophe sociale », le ministre a offert une démonstration glaçante de ce que certains perçoivent comme un mépris institutionnalisé. Au moment où les Gabonais affrontent une précarité galopante, une baisse continue du pouvoir d’achat, l’augmentation des charges domestiques et l’incertitude économique, la posture du ministre est perçue comme un affront.

Plutôt que d’expliquer, de rassurer ou de démontrer une compréhension sincère des inquiétudes, il a affiché un ton péremptoire, presque injonctif : l’État décide, le peuple acquiesce. Une logique unidirectionnelle qui ramène le débat public plusieurs décennies en arrière. Cette attitude donne l’impression que, pour le gouvernement, les choix budgétaires ne sont jamais discutables, même lorsqu’ils aggravent la situation matérielle de milliers de familles. Peu importe leur impact, les décisions doivent être « bêtement et benoîtement » acceptées et expliquées, comme si la participation citoyenne devait se limiter au silence résigné. 

Un manque d’indélicatesse qui choque

Dans un contexte où chaque décision publique devrait être mûrement réfléchie et articulée autour de la protection des plus vulnérables, la déclaration du ministre a révélé une indécence difficile à ignorer. Il ne s’agissait pas seulement d’un écart de langage, mais d’un message clair : l’État ne se sent nullement tenu de rendre des comptes ou d’écouter ceux qu’il prétend servir. 

Une telle posture, venant d’une personnalité au centre de la stratégie économique nationale, pose question. Elle met en lumière une déconnexion profonde entre les gouvernants et les réalités sociales. Pendant que les familles s’inquiètent de leurs factures, de la future taxe d’habitation, du coût de la vie, le gouvernement semble s’enfermer dans un raisonnement technocratique et insensible voire insensible.  

Un régime qui avait promis dignité mais qui produit l’inverse

L’ironie est amère. Le régime, arrivé au pouvoir sous la promesse de restaurer la dignité des Gabonais, s’oriente désormais vers des choix qui les précarisent davantage. La Loi de finances 2026, combinée à des prises de parole comme celle du ministre Henri Claude Oyima, donne le sentiment d’une gouvernance qui impose au lieu de convaincre, et qui écrase au lieu d’élever. Loin de redonner espoir ou confiance, cette sortie renforce l’idée d’un État déconnecté, hautain, indélicat, incapable de percevoir l’impact humain réel de ses arbitrages budgétaires. Elle dévoile le visage d’un pouvoir qui se protège, mais qui n’écoute plus. 

La brutalité du ton employé par le ministre n’est pas anodine. Elle traduit une vision politique où la contestation est perçue comme une gêne, et non comme une composante essentielle de la démocratie. Elle consacre une manière de gouverner où le confort des institutions prime sur la survie sociale des citoyens. 

Dans ce contexte, la réaction de Geoffroy Foumboula Libeka fait écho à un sentiment désormais largement partagé : la Loi de finances 2026 et les attitudes qui l’accompagnent annoncent une crise sociale dont les Gabonais n’avaient pas besoin. 

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