Soutien embarrassant d’un chef de Canton de Mbigou: Moungoungou a-t-il besoin d’un lobbying coutumier pour sauver son fauteuil au gouvernement ?

Libreville , le 11 Décembre 2025 – (Dépêches 241). Un courrier adressé au président de la République, Chef de l’Etat Brice Clotaire Oligui Nguema par le chef de canton central Louetsi-Boumi, Guy Joseph Ngok Koudald, et parlant au nom d’un supposé « collectif des six cantons », tente de plaider pour le maintien d’Adrien Moungoungou au gouvernement. Une démarche qui, au-delà du malaise qu’elle suscite, révèle une incompréhension flagrante de ce que doit être une République moderne et de ce que nous ne voulons plus voir dans la Ve République.

À la lecture du courrier, l’on peine à comprendre au nom de quoi un chef de canton, dont l’autorité, rappelons-le, est locale, coutumière et strictement délimitée, se croit autorisé à intervenir dans les arbitrages de composition du gouvernement. Faut-il désormais que chaque ministre, en attente de maintien ou non, mobilise son terroir pour influencer la décision du Chef de l’État ?

Que deviendrait la République gabonaise si, demain, tous les chefs de cantons, chefs de regroupements, doyens de villages et associations familiales entreprenaient de « recommander » tel ou tel membre du gouvernement ? Nous sombrerions immédiatement dans une République de clientèles, où l’administration serait gouvernée par l’origine géographique plutôt que par la compétence. Une pratique d’un autre âge, précisément ce que la Ve République entend reléguer au passé.

Cette requête aussi incongrue qu’inquiétante et gênante pose surtout une question de fond. La démarche du Chef de Canton de la Boumi-Louetsi est-elle vraiment une démarche spontanée ?  La question, en réalité, mérite d’être posée, tant la manœuvre paraît grossière. Est-il réellement plausible que le Chef de Canton Guy Joseph Ngok Koudald ait pris seul l’initiative d’un tel courrier ? Ou s’agit-il d’une opération de lobbying maladroitement orchestrée dans l’entourage du ministre de la Santé ?

Un coup de main maladroit qui pourrait se retourner contre lui

Le courrier, multipliant invocations religieuses, louanges désuètes et références à la « magnanimité légendaire » du Président, laisse planer un sérieux doute sur la spontanéité de la démarche. Le passage demandant le maintien d’Adrien Moungoungou afin qu’il puisse « parachever l’œuvre immense entamée sur toute l’étendue du territoire » achève d’installer le malaise.

Si l’objectif était d’aider le ministre de la Santé, le résultat pourrait être exactement inverse. Dans un contexte de transition où les ministres sont évalués sur leurs résultats et leur capacité à se tenir à distance des pratiques anciennes, une telle intercession corporatiste pourrait être perçue comme un signe d’inquiétude, voire comme un aveu de fragilité politique.

Adrien Moungoungou se sent-il menacé pour que l’on en vienne à de telles supplications publiques ? Est-il à ce point installé sur un siège éjectable que l’on doive mobiliser cantons et chefferies pour sauver son fauteuil ? Le procédé, en tout cas, risque de jouer contre lui, en donnant l’image d’un ministre cherchant à peser sur l’arbitrage présidentiel par des voies détournées. Une erreur stratégique potentiellement lourde.

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