Taxe d’habitation: quand l’affirmation « le pays a l’argent » s’écroule sous le poids d’une réforme qui contredit le discours présidentiel 

De l’affirmation « le pays a l’argent » au prélèvement d’une taxe qui va précariser les ménages


Libreville, le 12 décembre 2025 – (Dépêches 241). À mesure que le temps passe, la gouvernance d’Oligui Nguema révèle son vrai visage et l’idée qu’il se fait de la gestion du Gabon. C’est visiblement ce qui ressort du dernier conseil des ministres du 4 décembre dernier au cours duquel le gouvernement aurait décidé d’instaurer une taxe forfaitaire d’habitation (TFH), laquelle devrait être payée au travers des factures de la SEEG. Une décision qui a suscité l’ire et l’indignation de la population, qui semble ne pas comprendre l’objectif derrière l’acharnement du gouvernement à vouloir taxer à tout prix une population qui peine déjà à se prendre en charge correctement. 

La polémique enfle, et de nombreuses voix se lèvent. Acteurs politiques, membres de la société civile et même de simples citoyens lambda sortent de leur silence pour exprimer leur mécontentement et leur colère envers le gouvernement, notamment à l’endroit du chef de l’État, Oligui Nguema, qui n’a de cesse, depuis son accession à la magistrature suprême, de, volontairement ou pas, dresser sa gouvernance contre le peuple gabonais qui, à en croire les résultats officiels de l’élection présidentielle du 12 avril dernier, l’a plébiscité à près de 95 %. Ce, alors qu’il avait déclaré au lendemain du coup de force militaire du 30 août 2023 que « le pays a l’argent ». Cette taxe forfaitaire d’habitation serait la taxe de trop, laquelle semble pousser les populations dans leurs derniers retranchements. À telle enseigne que même les indéfectibles soutiens du président de la République semblent vent debout pour dire : non, ça suffit comme ça. D’ailleurs, où est passé l’argent auquel faisait référence le président à l’époque ? 

Mieux, le comble de l’incompréhension vient de ce que le président de la République et son gouvernement veulent taxer une population pour laquelle l’État est incapable d’offrir les meilleures conditions de vie et d’existence. Ni terrains viabilisés, ni véritables politiques de logements sociaux : le nouveau pouvoir, pire que ses prédécesseurs, sous un argumentaire superfétatoire affublé de « services publics » qui n’existent que de nom, voudrait appliquer une politique de taxation en porte-à-faux avec les réalités du territoire.

Pendant que les populations gabonaises, ostracisées par le régime avilissant d’Ali Bongo, espéraient la restauration de leur dignité à travers des emplois et des salaires décents, des logements à la hauteur d’un pays à revenus intermédiaires supérieurs comme l’est le Gabon, l’élaboration d’un véritable système éducatif et universitaire performant et, par-dessus tout, le partage équitable des richesses du pays, le gouvernement s’autorise des taxes dont l’objectif inavoué semble d’asphyxier davantage une population déjà en difficulté. 

Selon une certaine logique de gouvernance en Afrique, plus une population est paupérisée, plus elle est docile, le gouvernement espérait-il, derrière cette taxe, domestiquer les populations, dont le réveil semble se propager comme une traînée de poudre au sein de l’opinion? La question reste ouverte. 

Pendant que le même gouvernement s’attelle à l’augmentation des effectifs au sein des institutions de la République, particulièrement ceux de la présidence qui devrait voir le nombre de son personnel passer de 1 419 agents en 2025 à 2 182 agents en 2026, soit un supplément de 763 agents, il en résulterait une conséquence financière supplémentaire de huit milliards de FCFA, faisant passer la masse salariale de 6,2 milliards à 14 milliards de FCFA, rien que pour la présidence de la République. Une augmentation manifestement incongrue et particulièrement incompréhensible, dans la mesure où, au lieu de réduire le train de vie de l’État pour espérer faire des économies, Oligui Nguema le rehausse à son paroxysme, telle une société en manque de main d’œuvre. 

Cette attitude, qui s’apparente à une gabegie financière, interroge. Car comment comprendre qu’un régime militaire qui a fait un coup d’État justifié par les dépenses jugées ostentatoires, l’absence d’investissement et la mise à l’écart systématique du peuple, se mette non pas à reproduire la même chose, mais à faire pire que le régime qu’il a fait tomber ? 

Pire encore : comment serait-il possible de faire accepter une taxe supposée forfaitaire d’habitation (TFH), dont les recettes annuelles sont estimées à 2,8 milliards de FCFA, à une population déjà précarisée, quand, de l’autre côté, la masse salariale de la présidence doit augmenter de 8 milliards de FCFA ? Où est la logique ? 

Ce gouvernement marche sur la tête. Et c’est certainement ce qui pourrait expliquer le silence du gouvernement depuis que cette polémique a éclaté. Car non seulement cette taxe ne repose sur aucune nécessité, mais en plus, elle ressemble à un plan d’extorsion visant à rendre davantage misérables ceux qui manquent déjà de tout.

Certains pourraient rétorquer qu’à Port-Gentil, lors de la campagne présidentielle, le candidat Oligui Nguema, défendant le maintien du Sénat, avait annoncé cette taxe. Mais ce serait malhabile dès lors que l’on sait que le candidat avait clairement indiqué que cette taxe concernerait exclusivement les ménages nantis, en pointant du doigt les membres du gouvernement et l’équipe de campagne qui l’accompagnaient. C’est donc un contresens politique, un mensonge de plus à mettre à l’actif du chef de l’État qui, une fois de plus, n’aurait pas respecté ses engagements. Au lieu de s’attaquer à ceux qui ont longtemps pillé le pays, et qui visiblement sont devenus ses amis, peut-être l’étaient-ils déjà sous l’ancien régime, le président préfère s’en prendre au peuple, parce qu’il croit courir moins de danger face à lui que s’il affrontait les richissimes qui gravitent autour de lui.

À en croire une certaine opinion, le chef de l’exécutif gabonais, pris en flagrant délit de mensonge face à ses engagements ou à sa promesse de créer 163 000 emplois avant 2026, voudrait dorénavant transformer les institutions de la République, dont la présidence, en entreprises en multipliant les effectifs, croyant que cela lui permettrait de résorber le chômage endémique qui frappe particulièrement la jeunesse. Oubliant qu’aucune de ces institutions, fût-ce la présidence de la République, ne produit de richesses : elles ne font que contribuer au fonctionnement du pays sous le prisme d’un État de droit.

La TFH serait donc, selon cette opinion, une entreprise vaine, une supercherie, une grossière escroquerie organisée par ceux-là mêmes qui sont censés travailler au bien-être des populations. Et elle est d’autant plus grossière que le peuple n’a pas élu le président pour cela. La grogne actuelle devrait, à cet égard, servir de boussole au président Oligui Nguema afin de redresser la barque dans le sens de la volonté de la population qui l’a élu, et ainsi sortir du syndrome de la toute-puissance qui s’accapare des hommes au pouvoir. 

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