Crise autour de la Taxe d’habitation: l’exécutif recule, le Parlement hérite de la tempête

Le gouvernement s’abriterait-il derrière un parlement acquis à sa cause pour faire appliquer la nouvelle taxe ?

Libreville, le 12 décembre 2025-(Dépêches 241). Révulsé par un tollé auquel il ne s’attendait pas, suite à l’introduction de la Taxe Forfaitaire d’Habitation (TFH), le gouvernement intérimaire d’Oligui Nguema n’a pas trouvé mieux que de refiler la patate chaude au parlement. Au lieu de faire marche arrière comme demandé par la majorité des Gabonais, il espère de cette façon que ce dernier pourra l’aider à trouver le mécanisme le moins brutal possible pour faire accepter cette taxe aux populations en colère.  Ainsi, le cas échéant, députés et sénateurs deviendraient les seuls responsables de l’implémentation ou non de la TFH.

C’est désormais acté. La taxe forfaitaire d’habitation est un scandale, une preuve supplémentaire de l’exacerbant mépris que les autorités gabonaises actuelles nourrissent envers leur peuple. Car cette taxe n’est pas seulement inopportune et non nécessaire, elle est la manifestation d’une gestion abracadabrantesque d’un régime qui a pourtant promis monts et merveilles à un peuple contraint depuis trop longtemps à la résignation. 

Ainsi, pour la première fois de l’histoire de la Ve République, telle une symphonie issue d’une harmonie naturelle, détracteurs du nouveau régime, oppressants, fabriqués ou pas, et soutiens de la première heure, ceux-là même qui ont usé de tous les moyens possibles pour amener le peuple à voter « oui » au référendum du 16 novembre 2024 et qui, par la suite, ont parfois mis à prix leur crédibilité pour faire élire C’BON à la tête du pays, partagent dorénavant la même opinion : la taxe forfaitaire d’habitation est inconséquente et infecte. Elle est une insulte aux souffrances du peuple gabonais profondément éprouvé.

Pour tenter de s’extirper et, pour ainsi dire, se dédouaner de l’adoption future de cette taxe clivante, toute honte bue, le gouvernement, qui espérait faire accepter son paiement sans ambages, presque comme une lettre à la poste, se retrouve contraint de la soumettre à l’Assemblée nationale et au Sénat, en vue de possibles amendements et d’une éventuelle adoption.

À cet égard, le ministre du « Ciel et de la Terre », Henri-Claude Oyima, qui assure l’intérim de la vice-présidence du gouvernement, à qui est attribuée, à tort ou à raison, l’exhumation de cette taxe, estime que « l’impôt ne peut être prélevé que s’il est adopté par le Parlement. Et tant que nous sommes dans le processus budgétaire, s’il n’est pas adopté, il ne peut pas être implémenté ». En d’autres termes, pour le tout puissant banquier, la polémique actuelle ne se justifie pas, dès lors que le parlement ne s’est pas définitivement prononcé sur la question.

Or, au regard de la composition quasi unicolore des deux chambres du parlement, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une manœuvre dilatoire, un autre tour de passe-passe visant à gagner du temps face au courroux du peuple, qui refuse de se soumettre à ce nouveau paiement. L’ensemble des composantes du parlement actuel étant constitué presque exclusivement de membres de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), parti du président de la République, chef de l’exécutif, Brice Clotaire Oligui Nguema, il va sans dire que cette taxe est déjà adoptée.

D’autant que le peuple ne saurait se fier à un parlement dont les prémisses s’apparentent à une chambre d’enregistrement, dirigée et contrôlée en tout point par l’exécutif. Mieux, la majorité des députés qui composent l’Assemblée nationale auraient été élus par des moyens détournés : bourrage d’urnes, transport invraisemblable d’électeurs, intimidation, procurations tous azimuts. C’est donc se méprendre que de prendre les populations gabonaises pour des pigeons et croire qu’elles feraient confiance à un tel parlement. 

En définitive, le transfert de cette décision explosive au Parlement n’apaise en rien la défiance croissante d’une population lassée d’être tenue à l’écart des choix qui engagent son quotidien. Si le gouvernement espère se protéger derrière un vote parlementaire acquis d’avance, le peuple, lui, n’est plus dupe. La crise de la taxe forfaitaire d’habitation révèle moins un désaccord fiscal qu’un profond divorce politique : celui d’un pouvoir qui peine à entendre son peuple, et d’un peuple qui refuse désormais de rester silencieux.

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