
Libreville, le 13 décembre 2025 – (Dépêches 241). Depuis plusieurs semaines, la localité de Mbigou est tout simplement rayée de la carte numérique nationale. Le réseau de Moov Gabon Telecom y est absent, coupé, inexistant. Une situation grave, persistante, et surtout assumée dans le silence le plus méprisant par l’opérateur historique, pourtant investi d’une mission de service essentiel.
À Mbigou, les téléphones sont devenus des objets inutiles. Impossible de joindre un parent resté en zone urbaine, de recevoir une information urgente, d’alerter en cas de détresse médicale ou sécuritaire. Et pourtant, Moov Gabon Telecom n’a jugé utile ni de communiquer, ni de s’expliquer, encore moins d’agir. Pas un communiqué, pas une excuse, pas un calendrier de rétablissement. Rien. Comme si ces populations rurales ne comptaient pas. Comme si Mbigou n’existait pas.
Cette absence prolongée du réseau ne relève plus de l’incident technique ponctuel. Elle pose une question fondamentale de responsabilité et de mépris social. Comment un opérateur de cette envergure peut-il ignorer qu’une localité entière est privée de son réseau ? Moov Gabon Telecom ne dispose-t-il pas d’outils de supervision ? Ne sait-il pas où et quand son réseau est défaillant ? Ou faut-il conclure, plus grave encore, que l’entreprise sait parfaitement, mais ne juge pas utile d’intervenir lorsque les victimes sont rurales, éloignées et politiquement invisibles ?
Dans un contexte où la communication est vitale, pour la santé, la sécurité, l’économie locale, cette défaillance prolongée pourrait, dans certaines circonstances, s’apparenter à une mise en danger d’autrui. Couper une population du monde, à l’ère du tout numérique, ce n’est pas un simple désagrément : c’est une faute lourde.
Mais le scandale ne s’arrête pas à Moov Gabon Telecom. Il est aggravé par le silence assourdissant et presque complaisant de l’Autorité de Régulation des Communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP). Que fait l’organe chargé de protéger les usagers et de sanctionner les manquements des opérateurs ? Comment expliquer une telle inertie face à une privation manifeste d’un service essentiel ? Cette passivité confine à la complaisance, voire à une complicité de fait.
Sous l’autorité de Célestin Kadjidja, l’ARCEP donne l’image d’une institution absente, incapable ou peu désireuse de faire respecter les obligations des opérateurs. Peut-on rester silencieux lorsque des populations entières sont exclues de l’interconnexion nationale, pourtant érigée en priorité par le Chef de l’État ? À quoi sert une autorité de régulation qui ne régule pas ?
Mbigou mérite mieux que le mépris, mieux que le silence, mieux que l’abandon. Moov Gabon Telecom doit être publiquement mis face à ses responsabilités, sommé de rétablir immédiatement le réseau et d’expliquer ce dysfonctionnement inacceptable. Quant à l’ARCEP, elle doit sortir de sa torpeur, exercer pleinement son rôle et rappeler que, dans une République moderne, l’accès aux communications n’est pas un privilège, mais un droit fondamental.







