Gabon : 6 250 FCFA par mois pour vivre avec un handicap, le prix officiel de la dignité ?

Avec 75.000 Fcfa versés annuellement, les personnes handicapées sont toujours des laissés pour compte dans la Ve République © DR

Libreville, le 15 Décembre 2025 – (Dépêches 241). Alors que les autorités affirment vouloir refonder le contrat social et restaurer la dignité des Gabonais, l’allocation destinée aux personnes vivant avec un handicap demeure figée à 75 000 FCFA par an. Une somme dérisoire qui interroge la sincérité des engagements publics et révèle, une fois encore, la distance entre le discours politique et la réalité sociale.

Au sortir du Dialogue national inclusif, beaucoup espéraient une inflexion forte des politiques sociales en faveur des couches les plus vulnérables. Pourtant, pour les personnes vivant avec un handicap, le signal envoyé par l’État reste inchangé. L’allocation annuelle de 75 000 FCFA, soit 6 250 FCFA par mois, continue de faire figure de référence officielle. Une référence qui, loin de traduire une volonté de protection, renvoie plutôt à une forme de renoncement politique face à l’urgence sociale.

Présentée comme un dispositif de solidarité nationale, cette allocation est censée contribuer à l’autonomie et à l’inclusion des personnes concernées. Mais dans un contexte marqué par la cherté de la vie, l’augmentation des coûts de santé et les difficultés de mobilité, ce montant apparaît déconnecté de toute réalité économique. À ce niveau, il ne s’agit plus d’un soutien, mais d’un symbole creux, incapable de couvrir le moindre besoin essentiel, encore moins les charges spécifiques liées au handicap.

La comparaison avec le Salaire minimum interprofessionnel garanti, fixé à 80 000 FCFA mensuels, achève de mettre en lumière l’incohérence du dispositif. Comment l’État peut-il considérer qu’une personne vivant avec un handicap puisse subsister avec une allocation mensuelle représentant à peine 8 % du SMIC ? Cette disproportion nourrit un sentiment d’abandon et alimente le discours des organisations de défense des droits des personnes handicapées, qui dénoncent une politique sociale davantage fondée sur l’affichage que sur l’impact réel.

Au-delà des chiffres, c’est la question de la parole publique qui est posée. Le Chef de l’État avait pourtant déclaré que son ambition était de redonner leur dignité aux Gabonais. Or, la dignité ne se proclame pas, elle se mesure à l’aune des décisions concrètes. Le maintien d’une allocation aussi faible, malgré les engagements évoqués lors du Dialogue national inclusif, notamment la perspective d’une revalorisation à 150 000 FCFA par trimestre, fragilise la crédibilité de cette promesse. 

À l’heure où la refondation de l’État est invoquée, les personnes vivant avec un handicap attendent autre chose que des déclarations : elles attendent des actes. La responsabilité politique est désormais clairement établie. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*