
Libreville, le 2 janvier 2026 – (Dépêches 241). Très attendu par les populations depuis plusieurs semaines, le nouveau gouvernement gabonais est enfin tombé. Cette deuxième équipe de la Cinquième République restera surtout marquée par une éviction aussi brutale que symbolique : celle d’Henri Claude Oyima. Considéré par une partie de l’opinion comme le ministre du « Ciel et de la Terre », tant l’étendue de ses pouvoirs était exceptionnelle, le patron du groupe BGFI n’aura tenu que sept mois au sein de l’exécutif.
Nommé en mai dernier Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la Vie chère, tout en conservant ses fonctions de PDG de BGFI Holding Corporation, Henri Claude Oyima concentrait entre ses mains des leviers rarement accordés à un seul homme. Une situation qui, dès sa nomination, avait suscité interrogations, critiques et soupçons de conflit d’intérêt manifeste. Son remplacement par Thierry Minko confirme aujourd’hui que cette accumulation de pouvoirs n’était ni neutre ni soutenable politiquement.
Au cœur des griefs figure la très controversée Taxe Forfaitaire d’Habitation (TFH), largement rejetée par les populations. Présentée comme une mesure de rationalisation fiscale, elle a surtout été perçue comme une nouvelle ponction injuste dans un contexte de vie chère persistante, d’accès difficile aux services de base et de pouvoir d’achat en berne. Cette taxe est venue cristalliser un malaise plus profond, celui d’une gouvernance économique jugée déconnectée des réalités sociales.
À cela s’ajoute une Loi de finances fortement critiquée, qualifiée par de nombreux observateurs d’inadaptée aux urgences du moment, ainsi qu’une dette publique en nette augmentation, en contradiction avec les discours de rigueur et de redressement budgétaire. Autant d’éléments qui ont nourri la défiance, y compris au sein même de l’appareil d’État.
Pour d’aucuns, c’est surtout le conflit d’intérêts persistant entre sa fonction ministérielle et son statut de PDG de la première banque du pays qui aura fini par rendre sa position intenable. Comment incarner l’intérêt général, piloter la politique économique et financière de l’État, tout en dirigeant un groupe bancaire directement concerné par les décisions prises ? La question, jamais réellement tranchée, est restée suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus de son action.
L’éviction d’Henri Claude Oyima, seulement sept mois après sa nomination et malgré des pouvoirs étendus, apparaît ainsi comme le résultat d’un cumul explosif de tensions politiques, sociales et éthiques. Elle illustre aussi les limites d’un pari gouvernemental qui avait fait le choix de la technocratie financière au détriment du signal politique et social.
Désormais écarté du gouvernement, l’avenir d’Henri Claude Oyima interroge. Reviendra-t-il exclusivement à la tête de son empire bancaire ou tentera-t-il de transformer cette expérience avortée en véritable ambition politique ? Une chose est certaine: son passage éclair au sommet de l’État restera comme l’un des épisodes les plus controversés de ce début de Cinquième République.







