Ab’a Owono à la tête de la CC: comme sous Omar et Ali Bongo, le régime de restauration fait-il du pouvoir constitutionnel une affaire de famille ? 

Parenté et pouvoir : une ligne rouge à nouveau franchie avec l’élection à la tête de la Cour Constitutionnelle de Dieu-Donné Aba Owono ©DR

Libreville le 2 janvier 2025 – (Dépêches 241). Visiblement, depuis le 30 août 2023, le Gabon traverse une période de grandes turbulences, qui traduit moins une bascule vers l’espoir, la lumière qu’un nuage particulièrement sombre et tenace refusant de se dissiper malgré la présence du soleil au zénith. Et pour cause, le président de la république, qui a pourtant pris l’engagement de rompre avec le système avilissant d’Ali Bongo Ondimba qu’il a déposé, calque à l’identité, voire pire encore, les pratiques décriées dudit système. Alors que le peuple espérerait voir souffler un vent nouveau à la cour constitutionnelle, le président de la république, chef de l’état, Brice Clotaire Oligui Nguema, soucieux de conforter et de consolider son pouvoir à long termes, aurait décidé de maintenir son parent Dieu-Donné Aba Owono à la tête de la plus haute juridiction du pays. Conséquence: comme Ali Bongo et son père Omar Bongo Ondimba, Oligui Nguema fait de la gestion du pays une affaire familiale. 

La confirmation de Dieu-Donné Aba Owono à la tête de la Cour constitutionnelle agit comme un révélateur brutal. Pour ceux qui entretenaient encore l’illusion d’une rupture avec l’ordre ancien, le choc est frontal. Pour les plus lucides, c’est une simple confirmation : le pouvoir issu de la transition ne corrige pas les pratiques du régime déchu, il les recycle. La promesse d’une restauration des institutions s’effondre face à une réalité triviale : la continuité, voire l’aggravation, de la personnalisation du pouvoir.

Le maintien d’Aba Owono n’est pas un acte neutre. La Cour constitutionnelle était, en théorie, l’ultime rempart institutionnel capable de retoquer certaines décisions du chef de l’État. En reconduisant à sa tête un parent direct, le pouvoir exécutif neutralise ce contre-pouvoir et vide l’architecture institutionnelle de toute substance. Il ne s’agit pas d’une simple erreur d’appréciation, mais d’un choix politique lourd de conséquences : la soumission du droit à la volonté présidentielle.

Cette nomination rompt, de surcroît, un engagement clair : celui de ne pas maintenir les présidents des institutions issus de la transition. Le vernis d’un prétendu vote unanime ne trompe personne. Derrière la procédure, c’est la logique clanique et de la consigne qui s’impose. Comme sous Omar Bongo et Ali Bongo Ondimba, la famille redevient le socle et le bouclier du pouvoir. Les leviers stratégiques de l’État sont transformés en chasse gardée.

La reconduction d’Aba Owono, après avoir dirigé la Cour constitutionnelle durant toute la transition, traduit une volonté manifeste de verrouillage politique. Elle alimente l’idée d’un pouvoir qui s’installe dans la durée et prépare sa pérennisation, en dépit des discours officiels sur l’alternance et la refondation de l’Etat. Les alertes lancées dès les premiers mois de la transition trouvent ici une validation éclatante : les réflexes autoritaires n’ont pas été combattus, ils sont pour le moins assumés par le nouveau régime. 

Le danger est d’autant plus sérieux que la nouvelle Constitution concentre déjà l’essentiel des pouvoirs entre les mains du président de la République. Dans un régime hyper présidentialiste, où l’exécutif écrase le législatif et inféode le judiciaire, la mainmise sur la Cour constitutionnelle parachève l’édifice. Le rêve se mue, à l’épreuve des faits, en cauchemar. La séparation des pouvoirs devient une fiction, l’État de droit une formule creuse, et la démocratie un slogan de circonstance sans effet.

La comparaison avec l’ère Bongo s’impose. Hier, Marie-Madeleine Mborantsuo incarnait une Cour constitutionnelle systématiquement alignée sur le pouvoir, au point d’être qualifiée de « tour de Pise ». Aujourd’hui, la situation est plus grave encore : la tour ne penchera désormais plus, elle est intégrée au patrimoine familial. Les conséquences semblent prévisibles. D’autant que durant la transition, presque aucune requête dirigée contre le pouvoir n’a prospéré, même lorsque le droit et la logique l’exigeaient.

In fine, la reconduction de Dieu-Donné Aba Owono à la tête de la cour constitutionnelle, n’est ni une maladresse ni une dérive isolée. Elle marque une volonté assumée de contrôle total des institutions et préparerait  un pouvoir reconductible à volonté, au-delà même des limites constitutionnelles formelles. À ce stade, c’est la République elle-même qui vacille et s’approche dangereusement de l’effondrement. L’État de droit paraît méthodiquement vidé de sa substance et la démocratie, tant proclamée, se réduit à un décor. En des termes autres, le pouvoir actuel ne restaure pas les  institutions comme il s’y était engagé: il les confisque.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*