Gabon: nonobstant l’organisation chaotique des élections, Immongault propulsé Vice-Président du Gouvernement

Hermann Immongault est le nouveau Vice-Président du gouvernement de la Ve République ©DR

Libreville, le 6 janvier 2025 – (Dépêches 241). Le remaniement ministériel intervenu le 1er janvier dernier a propulsé Hermann Immongault, jusqu’ici Ministre de l’Intérieur, à la Vice-présidence du Gouvernement. Une promotion qui interroge sur sa logique et sa cohérence, au regard des nombreuses récriminations dont il a été l’objet, à la suite de son organisation chaotique du double scrutin législatif et local du 27 septembre dernier sur l’ensemble du territoire.

Sept mois après son élection à la tête du pays, Brice Clotaire Oligui Nguema a déjà proposé deux équipes gouvernementales. Nommé le 5 mai 2025, le premier Gouvernement de la Cinquième République a récemment été remanié, avec en toile de fond, des chamboulements importants marqués notamment par le départ de plusieurs grandes figures de la Transition, mais surtout par la promotion de Hermann Immongault comme Vice-président du Gouvernement.

Une promotion diversement appréciée aujourd’hui car si beaucoup l’ont saluée, d’autres, plus critiques, y voient une élévation paradoxale. Si des personnalités sont nommées ou élevées à des hautes fonctions par rapport à leurs excellents états de service, ceux-ci ne plaident pas forcément en faveur de Hermann Immongault. En effet, l’ancien Ministre de l’Intérieur restait sur une triste note à l’issue des élections législatives et locales de septembre dernier.

Nombre impressionnant d’irrégularités, transport abusif et inopportun des électeurs, usage inflationniste des procurations, achat des cartes d’électeurs et monnayage des votes voilà le triste lot des dernières élections organisée par celui qui vient d’être promu comme le numéro 2 du deuxième Gouvernement de la Cinquième République Gabonaise. Des irrégularités que le Président de la République Bric Clotaire Oligui Nguema a reconnu mais qui ne sont pas accompagnées de mesures visant à rendre au processus électoral son équité. Un laisser-aller perçu comme volontaire pour une partie de l’opinion car les irrégularités ont davantage profité au parti au pouvoir. 

La nomination de Herman Immongault au poste de Vice-président du Gouvernement interroge donc à plus d’un titre. Elle pose surtout un problème de cohérence. À défaut d’avoir livré des élections crédibles, Hermann Immongault aura au moins démontré qu’au Gabon, l’échec peut être un accélérateur de carrière. Car il faut sans doute un talent particulier pour transformer un scrutin unanimement décrié en tremplin vers la Vice-présidence du Gouvernement. À moins que le chaos électoral ne soit devenu, à son insu, un nouveau critère de performance administrative, récompensant non pas les résultats, mais la capacité à survivre politiquement à la tempête.

Cette promotion sonne ainsi comme une prime à l’approximation et un message troublant envoyé à l’opinion : l’exigence de rigueur, de transparence et de responsabilité serait facultative, voire superflue, au sommet de l’État. À ce rythme, on finirait presque par croire que la sanction politique est réservée à ceux qui travaillent trop bien, pendant que les auteurs de fiascos notoires gravissent les échelons. Une pédagogie du contre-exemple qui risque, à terme, de coûter cher à la crédibilité de la Cinquième République naissante. 

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