
Libreville, le 6 janvier 2026 – (Dépêches 241). La récente communication intitulée « Fidèle à l’État, engagée pour la réussite de la Vᵉ République », publiée sur la page Facebook officielle de Paulette Missambo, ancienne Présidente du Sénat de la Transition, sonne comme une tentative de réaffirmation politique dans un contexte où l’intéressée n’occupe plus aucune fonction institutionnelle. Derrière un vocabulaire soigneusement calibré, engagement républicain, loyauté, disponibilité, sens de l’État, se dessine moins une posture de femme d’État qu’un besoin manifeste d’exister à nouveau dans un dispositif de pouvoir qui l’a déjà, pour le moins, effacé.
En rappelant son passé institutionnel et en se disant disposée à accompagner la dynamique de la Vᵉ République par son expérience et ses conseils, Paulette Missambo chercherait à se repositionner comme une ressource indispensable, qu’elle n’est pas. Or, cette insistance sur la loyauté et la fidélité intervient précisément au moment où elle a été remplacée par Huguette Nyana à la tête du Sénat, marquant la fin effective de la Transition dans cette institution. Le message apparaît donc moins comme une déclaration de principes que comme une réaction à une perte d’influence dorénavant actée.
Les félicitations adressées au Vice-président du Gouvernement Hermann Immongault, tout comme les remerciements appuyés au Président de la République, relèvent davantage d’une stratégie d’alignement que d’un simple geste républicain. En politique, le contexte donne sens aux mots. Ici, ces marques de reconnaissance prennent l’allure d’appels de pied, traduisant la crainte d’une mise à l’écart définitive par un pouvoir qu’elle a pourtant contribué à légitimer au prix d’un reniement, d’un renoncement politique personnel et d’une trahison à l’égard de ses valeurs d’antan.
Car faut-il le rappeler : Paulette Missambo fut longtemps perçue comme une figure majeure de l’opposition gabonaise, une femme de conviction capable d’incarner une alternative crédible face au régime moribond d’Ali Bongo Ondimba. Au début de la Transition, elle réclamait haut et fort la mise en place d’une Commission Vérité, Justice et Réconciliation. Elle s’inquiétait du « révisionnisme », du « négationnisme », des blessures mal refermées du passé. Elle parlait de « restaurer les institutions, de garantir les libertés, d’organiser des élections libres et transparentes ».
En plus de la Commission – Vérité, Justice et Réconciliation qui n’a jamais vu le jour, le régime de Transition a accumulé les errements, les mêmes observés sous le règne avilissant d’Ali Bongo Ondimba. En se ralliant sans réserve à la Transition conduite par le Général-Président Oligui Nguema nonobstant ces faits, elle a rompu avec cette image, trahissant ainsi aux yeux de nombreux gabonais les espoirs placés en elle. Ce glissement opportuniste n’a pas seulement effrité son image, il a profondément altéré son capital politique et symbolique.
Le ton du message, marqué par une loyauté appuyée et une disponibilité ostentatoire, confine à une forme de mendicité politique. Il trahit l’absence de projet et de vision autonome, ainsi qu’un refus de toute remise en question. L’ancienne opposante apparaît ainsi réduite à solliciter une reconnaissance institutionnelle, comme si son engagement ne trouvait plus de légitimité qu’à travers une éventuelle nomination. Cette posture accentue l’image d’un déclassement politique : celle d’une figure jadis centrale, désormais reléguée à la périphérie.
Plus grave encore, cette sortie publique contribue à désagréger l’image de la femme forte qu’elle fut jadis : celle qui tenait tête au régime d’Ali Bongo, celle qui incarnait une certaine idée de la résistance politique. Les formules de gratitudes adressées au Président Oligui Nguema apparaissent dès lors comme un simple paravent, un pied de nez, une tentative voilée de revente politique dans un système qui semble n’avoir plus rien à lui offrir. Et pourtant, pour beaucoup, elle devrait se rendre à l’évidence: le « deal » de la Transition est clos, et le pouvoir actuel ne lui doit plus rien.
La communication de Paulette Missambo n’est pas un acte de hauteur d’État, mais le symptôme d’une marginalisation politique mal assumée. Elle illustre, une fois de plus, les dérives d’une classe politique gabonaise prête à sacrifier convictions, cohérence et dignité sur l’autel des strapontins institutionnels. En cherchant à signaler sa disponibilité plutôt qu’à assumer son nouveau statut, l’ancienne Présidente du Sénat confirme une vérité dérangeante mais irréfutable: sans vision, sans rupture et sans courage politique, la longévité devient un fardeau et l’expérience, un argument superfétatoire.







