Les populations responsables de la pénurie de gaz: une explication révélatrice d’un cynisme d’État désormais assumé

Pénurie de gaz dans le Grand Libreville : quand l’État accuse ses victimes ©Dépêches 241

Libreville, le 9 Janvier 2026 – (Dépêches). Face à la pénurie persistante de gaz domestique dans le Grand Libreville, le gouvernement a choisi une ligne de défense pour le moins troublante. Désigner la population comme principale responsable d’une crise pourtant révélatrice de graves défaillances structurelles. En imputant la situation à une prétendue surconsommation liée aux fêtes, l’État gabonais se défausse de ses obligations fondamentales et expose, une fois de plus, son incapacité à anticiper, planifier et assumer.

Dans un communiqué lu à la télévision nationale, le ministère du Pétrole et du Gaz indique qu’à l’issue d’une réunion de crise convoquée le 7 janvier 2026 par le ministre Clotaire Kondja, en présence des opérateurs de l’aval pétrolier et gazier, la pénurie observée sur l’ensemble du territoire, notamment dans le Grand Libreville, serait la conséquence directe d’une « surconsommation des produits pétroliers en période de fête ». Autrement dit, les Gabonais auraient trop cuisiné, trop vécu, trop consommé, et provoqué eux-mêmes la rupture d’approvisionnement. Une explication aussi commode que révélatrice d’un cynisme d’État désormais assumé. 

Car enfin, depuis quand la consommation prévisible d’une population durant une période festive constitue-t-elle un événement exceptionnel ? Les fêtes de fin d’année ne sont ni une surprise météorologique ni un accident géopolitique. Elles reviennent chaque année, avec la même régularité. L’anticipation des pics de consommation relève précisément de la mission régalienne de l’État, en lien avec les opérateurs du secteur. En invoquant la surconsommation comme cause première, le gouvernement reconnaît implicitement son échec à planifier, à constituer des stocks suffisants et à sécuriser la chaîne d’approvisionnement. Ce n’est pas la population qui a failli ; c’est l’État qui n’a pas fait son travail. 

Plus grave encore, ce discours officialise un renversement inquiétant des responsabilités. Les citoyens, déjà contraints de subir files d’attente interminables, précarité, inflation, pénuries et désorganisation chronique des services publics, se voient désormais sommés de porter la faute d’une crise qu’ils endurent. Cette logique est dangereuse. Elle transforme la victime en coupable et exonère l’autorité publique de toute remise en question. Elle installe l’idée selon laquelle l’incompétence administrative serait une fatalité, et non une faute politique engageant des responsabilités claires. 

Un État sérieux ne se contente pas de constater des carences après coup, encore moins de les justifier par des arguments aussi fragiles et fallacieux. Il anticipe, il régule, il sécurise. En matière d’énergie domestique, il protège les ménages, au lieu de leur opposer des communiqués désincarnés. La pénurie de gaz dans le Grand Libreville n’est pas le produit d’un excès de consommation populaire, mais le symptôme d’une gouvernance défaillante. Tant que l’État gabonais refusera d’assumer pleinement ses errances et préférera accuser sa propre population, les crises cesseront d’être conjoncturelles pour devenir structurelles. Et le malaise, lui, ne fera que s’aggraver. 

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