Ntountoume Ayi: « La peine de mort est l’expression légale de la barbarie humaine »

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député du 2ᵉ arrondissement d’Akanda s’insurge avec véhémence sur l’émergence d’un débat relatif à un possible retour de la peine de mort au Gabon ©Dépêches 241

Libreville, le 9 Janvier 2026 – (Dépêches 241). À peine évoquée, déjà contestée. L’annonce faite par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, d’une consultation publique sur un éventuel retour de la peine de mort dans l’arsenal répressif gabonais a ravivé un vieux réflexe politique : répondre à l’émotion par la répression, à la peur par la radicalité, et à l’impuissance de l’État par une fuite en avant pénale.

Dans le sillage de cette déclaration, censée répondre à la recrudescence des crimes de sang qualifiés de « crimes rituels », une voix s’est élevée avec force et ironie. Celle de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député du 2ᵉ arrondissement d’Akanda et Vice-président de l’Union Nationale. Un Parti d’opposition hier, devenu soutien du pouvoir aujourd’hui, ce qui rend la sortie encore plus significative.

Sur sa page Facebook, l’élu national ne s’est pas embarrassé de circonvolutions : « La peine de mort est l’expression légale de la barbarie humaine », s’est-il indigné. Une phrase lourde de sens, qui claque comme un rappel à l’ordre moral et politique. Car derrière le vernis de la consultation populaire, c’est bien une question fondamentale qui se pose : que cherche-t-on réellement à résoudre ?

À écouter les promoteurs de cette idée, la peine capitale serait l’ultime remède à des crimes qui choquent à juste titre la conscience collective. Mais Jean Gaspard Ntoutoume Ayi déconstruit méthodiquement ce raisonnement en posant une question d’une simplicité désarmante, presque cruelle pour le pouvoir : « Contre les crimes de sang, à quoi servirait la peine de mort si les coupables et les commanditaires ne sont jamais arrêtés ? », s’est-il interrogé. Tout est dit. 

Dit autrement, à quoi bon durcir la sanction quand le problème central demeure l’impunité ? À quoi sert la guillotine juridique si la justice n’est pas indépendante et impartiale, si les enquêtes piétinent, si les réseaux criminels prospèrent à l’ombre de complicités jamais inquiétées ? La peine de mort, dans ce contexte, ressemble moins à une solution qu’à un écran de fumée. 

L’élu d’Akanda pousse plus loin la démonstration en interpellant frontalement la rationalité de cette démarche présidentielle : « Existe-t-il un pays au monde où la peine de mort a fait baisser la criminalité ? Si oui, lequel ? ». La question est redoutable, car la réponse est connue. Aucune étude sérieuse n’a jamais établi un lien crédible entre peine de mort et baisse durable de la criminalité. Les pays qui l’appliquent encore ne sont ni plus sûrs ni plus justes. Ils sont souvent plus violents, plus arbitraires, et parfois plus enclins aux erreurs judiciaires irréversibles.

En d’autres termes, la peine de mort ne soigne rien. Elle flatte les instincts les plus primaires, apaise momentanément la colère populaire, mais ne réforme ni la justice, ni la police, ni l’État de droit. 

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