Promesses non tenues: Ali Bongo avait ses 5 000 logements invisibles, Oligui Nguema aura ses 163 000 emplois jamais créés 

Ali Bongo avait promis 5000 logements, Oligui Nguema 163.000 emplois sans pour autant les matérialiser ©Dépêches 241

Libreville, le 12 janvier 2026 – (Dépêches 241). Les promesses creuses et non tenues semblent constituer, au Gabon, un invariant politique presque constitutionnel. Tous ou presque, une fois parvenus aux responsabilités suprêmes, excellent dans l’art de l’annonce grandiloquente, souvent déconnectée de toute capacité réelle d’exécution. L’engagement public devient alors un simple exercice rhétorique, sans obligation de résultat ni reddition de comptes.

Ali Bongo Ondimba en avait fait une marque de fabrique. En 2009, porté par l’euphorie de la conquête du pouvoir, il promettait la construction de 5 000 logements sociaux par an. Une ambition répétée, relayée, médiatisée… mais jamais matérialisée. Seize ans plus tard, ces logements demeurent invisibles, à l’image de nombreuses autres promesses du régime déchu.

Brice Clotaire Oligui Nguema, pourtant arrivé au pouvoir en se présentant comme l’antithèse du système Bongo-PDG, semblait avoir pris soin de se distinguer de cette culture politique honnie. Il promettait une gouvernance de rupture, fondée sur l’action, la rigueur et la responsabilité. Mais à l’épreuve des faits, la rupture annoncée peine à se matérialiser.

Dans son discours à la Nation du 31 décembre 2024, prononcé à Makokou, le Chef de l’État déclarait solennellement : « Je vous annonce les trois grands projets d’avenir prioritaires pour la République gabonaise (…) Ces différents chantiers seront créateurs de 163 000 emplois pour les jeunes », avait-il déclaré. Port en eau profonde de Mayumba, chemin de fer Belinga-Booué-Mayumba, barrage hydroélectrique de Booué : les projets étaient identifiés, les chiffres avancés, l’horizon fixé à l’année 2025. Une promesse claire, chiffrée, datée.

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Un an plus tard, le constat est sans appel. Les chantiers annoncés n’ont pas connu de démarrage effectif notable, et les 163 000 emplois promis se sont, eux aussi, évaporés. Aucun bilan public, aucune explication détaillée, aucun mea culpa. La promesse est restée lettre morte, comme tant d’autres avant elle. Plus troublant encore, lors de son allocution à la Nation du 31 décembre 2025, Brice Clotaire Oligui Nguema ne s’est même pas senti dans l’obligation de revenir sur cet engagement pourtant majeur. La question a été tout simplement éludée, comme si elle n’avait jamais existé. Or, en politique, le silence face à une promesse non tenue vaut souvent aveu.

À la lumière des faits, l’homme qui se voulait l’anti-système Bongo agit désormais avec une troublante familiarité avec les méthodes de son prédécesseur. Annonces spectaculaires, absence de résultats concrets, et dilution progressive de la parole publique. Comme sous Ali Bongo Ondimba, le fossé entre la parole donnée et l’action réalisée demeure béant.

De « 1 Gabonais, 1 compteur » aux programmes de relogement des familles déguerpies du Grand Libreville, en passant par les 163 000 emplois promis pour 2025, la liste des engagements restés sans suite continue de s’allonger, nourrissant frustration, désillusion et scepticisme au sein des populations.

Georges Clemenceau rappelait que « la politique est l’art de faire croire ». Encore faut-il que l’illusion ne se transforme pas en imposture durable. Car lorsque la parole politique perd toute valeur, c’est la confiance dans la première Institution du pays qui vacille, et avec elle, le contrat social lui-même.

Au final, Ali Bongo restera associé à ses 5 000 logements jamais sortis de terre. Brice Clotaire Oligui Nguema risque, lui, d’entrer dans l’histoire avec ses 163 000 emplois jamais créés avec en prime une réalité que la Ve République ne saurait nier: La différence de discours ne suffit pas toujours à masquer la continuité des pratiques.

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