
Libreville, le 15 janvier 2026 – (Dépêches 241). Le secteur de l’éducation nationale traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente. Cette situation est exacerbée par une grève générale du personnel enseignant entamée peu avant la fin du mois de décembre. Les enseignants réclament, à juste titre, de meilleures conditions de travail ainsi que la régularisation effective et immédiate de leurs situations administratives. Or, ces revendications pourtant jugées légitimes se heurtent à un personnel administratif davantage prompt à déifier le président de la République dans un esprit de courtisanerie, afin de conserver ses strapontins, qu’à s’engager réellement dans la résolution des problèmes soulevés.
C’est le spectacle dégradant auquel s’est livré le nouveau secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, Christian Louembé Onguélé, lors de son passage sur les antennes de Gabon 1ère, à l’issue d’une rencontre entre la tutelle et les représentants des agents en grève. Ce dernier s’est vautré dans une partisanerie des plus abjectes en déclarant qu’en l’absence de Dieu, Oligui Nguema serait son représentant au Gabon. Une prise de parole qui n’a pas manqué de choquer profondément l’opinion publique gabonaise.
Loin s’en faut, le propos inconséquent du nouveau secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale en est une illustration éloquente. Car loin de rassurer, Christian Louembé Onguele s’est offert au ridicule à travers une déclaration digne d’une personnalité politique du Moyen Âge. Confondant un plateau télévisé avec une esplanade de campagne électorale, il s’est livré à un panégyrique creux, dépourvu de toute rigueur intellectuelle et de toute logique administrative.
Une sortie médiatique qui heurte la conscience collective
Cette sortie hasardeuse, loin d’apaiser les enseignants en grève, a plutôt mis en lumière une réalité brutale mais factuelle : la classe dirigeante actuelle peine à incarner le changement tant attendu par les populations gabonaises. Pire encore, certains responsables semblent avoir délibérément choisi le rôle de propagandistes zélés plutôt que celui de serviteurs compétents de l’État.
C’est dans ce contexte que le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, fraîchement nommé, a déclaré : « En dehors de Brice Clotaire Oligui Nguema au Gabon, il n’y a que Dieu. C’est lui le représentant de Dieu au Gabon, car tout pouvoir vient de lui (…). Il a instruit son vice-président du gouvernement d’honorer les enseignants. » Une intervention particulièrement choquante, qui laisse sérieusement planer le doute sur la capacité et la moralité de certains collaborateurs du chef de l’État à proposer des solutions claires, rationnelles et crédibles à la crise qui secoue actuellement l’éducation nationale.
Une déclaration incompatible avec l’esprit républicain
Au-delà de l’indignation suscitée, cette déclaration pose un problème institutionnel majeur. L’État gabonais est une République laïque, fondée sur des principes de rationalité administrative et de responsabilité politique. Assimiler l’autorité présidentielle à une délégation divine relève non seulement d’une confusion dangereuse des registres, mais traduit aussi une conception archaïque et servile du pouvoir, incompatible avec les exigences de la gouvernance moderne et républicaine.
Plus grave encore, ce type de discours détourne l’attention des véritables enjeux. Des milliers d’enseignants attendent depuis des années leur intégration, leur reclassement ou le paiement de leurs rappels de solde. Face à ces urgences sociales, les incantations « mystico-Kounabelo politiques » apparaissent comme une fuite en avant, voire comme une insulte à l’intelligence collective et à la souffrance réelle des agents du secteur éducatif.
La courtisanerie, un danger pour le Chef de l’État
Ce type de collaborateur, prisonnier de la flatterie et de la déification du pouvoir, constitue un réel danger pour le président de la République lui-même. Enfermés dans une logique de culte de la personnalité, ces courtisans ne sauraient accompagner le Chef de l’État avec dignité, hauteur de vue et objectivité. Incapables de formuler une parole de vérité, ils privent le président d’analyses lucides, de retours sincères et d’un encadrement administratif à la hauteur des défis nationaux.
Une pratique en contradiction avec l’esprit de la Ve République
Pire encore, cette posture contribue insidieusement à éroder la cote de popularité du président, déjà mise à rude épreuve par les attentes sociales et les lenteurs administratives. En induisant le Chef de l’État en erreur, en substituant l’encens à la compétence, ces collaborateurs participent à l’affaiblissement de l’action publique et à la déception populaire. Or, la Ve République, telle que voulue et annoncée, ne peut se satisfaire de ces pratiques d’un autre temps. Elle appelle des collaborateurs rigoureux, responsables, entiers capables de servir l’État avec objectivité et lucidité, non de s’en servir.
In fine, l’épisode Louembé Onguele illustre tristement la persistance d’une culture politique fondée sur la flagornerie, l’adoration du chef et la vacuité intellectuelle. Tant que l’administration publique gabonaise continuera à confondre loyauté institutionnelle et soumission aveugle, compétence et dévotion, les crises sectorielles, à l’image de celle de l’éducation nationale, resteront sans solutions durables. Le redressement tant proclamé ne saurait advenir sans une rupture nette avec ces pratiques d’un autre temps.







