Déguerpissement et projet d’extension de Mbolo: Quelles garanties pour les populations qui seront déguèrpies ? 

Mbolo va s’agrandir et les populations s’inquiètent de leur sort après les déguerpissements ©DR

Libreville, le 16 Janvier 2026 – (Dépêches 241). Derrière les promesses de modernisation portées par l’extension du centre commercial Mbolo se profile la menace de nouveaux déguerpissements. Une perspective qui interroge, dans un contexte où les précédentes destructions ont laissé des milliers de Gabonais sans relogement, sans indemnisation et sans avenir clair.

L’extension annoncée du centre commercial Mbolo, propriété du groupe Mercure International, s’inscrit officiellement dans la dynamique de modernisation des infrastructures et de diversification de l’économie nationale prônée par les autorités. Présenté au Président de la République, Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, ce projet, qui promet investissements et création d’emplois, implique néanmoins des démolitions imminentes aux abords de l’hypermarché, avec pour corollaire le déguerpissement de nombreuses populations et petits commerçants installés depuis des années dans la zone.

Si, sur le papier, l’ambition économique du projet est difficilement contestable, la crainte majeure réside dans sa mise en œuvre sociale. L’expérience récente des déguerpissements à Libreville et dans d’autres villes du pays demeure encore vive dans les mémoires : destructions sans projets visibles, absence de relogement, indemnisations inexistantes ou tardives. Autant de décisions qui ont précarisé des milliers de Gabonais, aujourd’hui livrés à une pauvreté accrue et à une indignité sociale devenue insupportable.

Face à l’annonce de nouveaux déguerpissements autour de Mbolo, une série de questions se posent avec acuité. Quelles mesures d’accompagnement ont été prévues pour les populations concernées ? L’État entend-il procéder à des relogements dignes ? Des indemnisations justes et effectives sont-elles prévues ? Un délai raisonnable sera-t-il accordé aux occupants pour se réorganiser ? Ou assistera-t-on, une fois encore, à une opération brutale laissant derrière elle désolation, pertes économiques et fractures sociales ?

Cette inquiétude est d’autant plus légitime que les sites précédemment déguerpis demeurent, pour la plupart, à l’abandon, sans projets concrets ni retombées visibles pour les populations. Dès lors, quel est l’intérêt de multiplier les expulsions si elles ne débouchent ni sur des réalisations effectives ni sur une amélioration du cadre de vie collectif ? À quoi sert de détruire aujourd’hui ce qui, hier encore, n’a jamais été remplacé ?

À l’heure où l’État ambitionne de restaurer la confiance entre les institutions et les citoyens, il lui revient de rompre avec les pratiques du passé. La réussite du projet Mbolo ne se mesurera pas uniquement à la modernité des infrastructures ou au volume des investissements, mais à la capacité des pouvoirs publics à placer l’humain au centre de l’action publique. Sans justice sociale, sans accompagnement digne et sans vision inclusive, la modernisation risque de n’être qu’un slogan de plus, laissant derrière elle une population toujours plus vulnérable et désabusée.

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