
Libreville, le 19 Janvier 2026 – (Dépêches 241). Brandi comme un gage de bonne gouvernance par le pouvoir, le rapport d’audit de la fonction publique demeure à ce jour soigneusement enfermé dans les tiroirs de l’administration. Le président de la République, Chef de l’Etat Brice Clotaire Oligui Nguema a récemment promis de solder le passif social, notamment le versement des rappels de pensions, mais à une condition explicite : la réalisation préalable d’un audit « rigoureux »pour s’assurer de la véracité des créances, et ce « dans un souci de transparence et de bonne gouvernance ». Si la rigueur est exigée pour vérifier les dettes de l’État envers ses agents, une autre rigueur, celle de la transparence promise au peuple, semble faire défaut. Où est donc ce fameux rapport, et pourquoi n’est-il pas mis à la disposition des Gabonais ? La question reste entière.
L’exigence d’audit n’est pas nouvelle. En 2012, sous le régime ancien, un rapport préliminaire avait déjà été présenté, avec pour objectif une « meilleure maîtrise des données » et de « savoir qui fait quoi et pour quel résultat ». Plus d’une décennie plus tard, le constat est amer : la fonction publique est toujours présentée comme un labyrinthe de gabegie. Les annonces récentes sont pourtant tonitruantes. En décembre 2025, le président lui-même a dévoilé des conclusions d’audits accablantes lors d’un Conseil des ministres : des surfacturations électriques de près de 85 milliards de FCFA, des bâtiments publics vétustes et inoccupés coûtant des milliards en loyers, et des parcelles d’État illégalement occupées.
Seulement à ce jour, la publication de cet audit est toujours attendu à telle enseigne que l’impatience s’est invitée dans l’arène politique . L’opposition, à travers l’Union sacrée pour la patrie (USP), a publiquement exigé « la publication des résultats de l’audit de la Fonction publique et du fichier de solde, ministère par ministère, administration par administration et service par service ». Cette exigence vise, selon l’USP, à restaurer la confiance entre les partenaires sociaux et l’État.
En réponse, le du gouvernement face à cette demande légitime a brillé par un silence éloquent. Un silence qui nourrit le soupçon que l’audit servirait moins à éclairer l’opinion qu’à outiller discrètement l’exécutif, peut-être pour des réformes impopulaires ou des règlements de comptes politiques.
À dire vrai, le paradoxe est ici saisissant. D’un côté, le Chef de l’Etat multiplie les gestes forts en matière de contrôle, ordonnant des enquêtes et audits au sein des régies financières et proclamant la « tolérance zéro dans la Vème République » tout en promettant la traque sans relâche de chaque franc mal géré, annonçant au passage des sanctions « immédiates et exemplaires ». De l’autre, le principal instrument de diagnostic de la masse salariale et de l’efficacité administrative, l’audit de la fonction publique, reste un secret d’État.
Pareille opacité sape la crédibilité du discours vertueux. Comment croire en une volonté de purifier les finances publiques si l’on cache au public l’état des lieux précis de la principale dépense de l’État ?
Dans cette configuration, le peuple gabonais se retrouve dans la position inconfortable d’un patient à qui le médecin annonce qu’il doit subir une opération chirurgicale majeure, mais refuse de lui montrer les résultats de la radio. On lui demande d’avoir confiance, de se soumettre aux traitements (les réformes), et d’accepter les sacrifices (l’austérité), tout en le maintenant dans l’ignorance des preuves tangibles de sa maladie.
À y regarder de près, la non-publication de l’audit ne serait peut être pas un oubli bureaucratique, mais un choix politique assumé. Un choix qui dit que la vérité, même lorsqu’elle est produite par les institutions de l’État, est trop dangereuse pour être partagée avec ceux qui, in fine, en sont les propriétaires : les citoyens.
En agissant ainsi, le pouvoir ne fait pas que cacher un rapport, il entretient délibérément le doute, la suspicion, et reporte aux calendes grecques l’avènement d’une véritable redevabilité. L’audit existe-t-il seulement sous une forme finale, ou n’est-il qu’un épouvantail brandi à dessein ? La question mérite d’être posée, tant l’opacité qui l’entoure est devenue, en elle-même, le plus révélateur des diagnostics.







