
Libreville, le 20 janvier 226 – (Dépêches 241). La grève déclenchée par les enseignants le 5 janvier dernier entre dans une phase de durcissement manifeste. En dépit des annonces officielles de reprise, le mouvement se poursuit et se radicalise, révélant l’impasse dans laquelle s’enferme le ministère de l’Éducation nationale. À la manœuvre, Camélia Ntoutoume Leclercq semble avoir fait le choix du déni et de la communication artificielle, au détriment d’une gestion responsable et apaisée de la crise. Une posture qui rappelle, à bien des égards, les pratiques d’un régime que les nouvelles autorités avaient pourtant promis de rompre.
Alors que les enseignants ont unanimement reconduit la grève, la tutelle a annoncé, de manière unilatérale, la reprise des cours ce lundi 19 janvier 2026. Plus préoccupant encore, le ministère a diffusé sur ses canaux institutionnels des images présentées comme illustrant un retour effectif des élèves en classe. Des visuels largement contestés, accusés par de nombreux observateurs d’être anciens ou détournés de leur contexte. Cette communication par l’image, perçue comme une tentative manifeste de manipuler l’opinion et de faire croire à une normalisation inexistante, pose une question grave : la tutelle a-t-elle sciemment cherché à induire en erreur le Chef de l’État sur la réalité du terrain ?
Plutôt que d’apporter des réponses structurelles aux revendications des enseignants, la ministre semble s’enfermer dans une bataille de la communication, privilégiant l’illusion d’une reprise à la mise en œuvre de réformes profondes et attendues. Menaces à peine voilées, pressions administratives et annonces déconnectées du vécu des acteurs du système éducatif traduisent une incapacité persistante à engager un dialogue social sincère. Ce choix du passage en force, indigne d’un État qui se revendique en rupture, entretient un climat de défiance durable.
Cette gestion de crise tranche brutalement avec les promesses portées par le 30 août 2023. L’avènement de la transition avait nourri l’espoir d’une refondation de l’État, fondée sur la justice sociale, l’écoute et la restauration de la dignité des Gabonais. Aujourd’hui, ces engagements semblent se heurter à une réalité administrative figée, où les enseignants, pourtant piliers de toute société aspirant au développement, se voient opposer le mépris et l’intimidation lorsqu’ils réclament simplement le respect de leurs droits.
Au-delà des questions salariales et administratives, c’est l’avenir même de l’école gabonaise qui se trouve compromis. En persistant dans le déni et la manipulation, le ministère prend le risque d’aggraver une crise déjà profonde et de sacrifier une génération d’élèves sur l’autel de l’orgueil politique. Plus grave encore, cette dérive affaiblit la crédibilité du discours de rupture porté par les autorités actuelles, donnant le sentiment que les méthodes ont changé de visage, mais non de logique. Restaurer la dignité nationale commence par la vérité, le dialogue et le respect de ceux qui forment les citoyens de demain.







