Prison contre revendications Syndicales : l’EPG dénonce un retour assumé aux méthodes d’hier

Ensemble pour le Gabon (EPG) d’Alain Claude dénonce les arrestations de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo ©Dépêches 241

Libreville, le 22 Janvier 2026 – (Dépêches 241). Le placement sous mandat de dépôt, intervenu hier, de Marcel Libama et de Simon Ndong Edzo marque un nouvel épisode sensible dans la gestion des tensions sociales par les autorités de la Transition. Le premier, Marcel Libama, est poursuivi pour trouble à l’ordre public, tandis que le second, Simon Ndong Edzo, retraité, est accusé d’incitation à la grève. Ces décisions judiciaires, prises dans un contexte de crise persistante du secteur éducatif, soulèvent pour le parti Ensemble pour le Gabon (EPG), de sérieuses interrogations sur l’équilibre entre maintien de l’ordre public et respect des libertés syndicales et citoyennes.

C’est dans ce climat que le parti politique Ensemble pour le Gabon (EPG), dirigé par l’ancien Premier ministre Alain Claude Bilie-By-Nze, a publié, le mardi 20 janvier dernier, un communiqué condamnant fermement ces arrestations. Pour cette formation politique, l’incarcération de deux figures syndicales emblématiques ne saurait être considérée comme une simple application mécanique de la loi, mais s’inscrit dans une dynamique plus large de restriction des libertés publiques, déjà illustrée, selon elle, par les interpellations récentes du journaliste Roland Olouba Oyabi et de Fernand Bob Mengome.

Dans son argumentaire, l’EPG ne nie pas la nécessité pour l’État de garantir l’ordre public. En revanche, le parti estime que la judiciarisation de l’action syndicale constitue une dérive préoccupante, rappelant des pratiques largement dénoncées sous l’ancien régime. À ce titre, Alain Claude Bilie-By-Nze a tenu à préciser que « le statut de retraité ne constitue en aucune manière une extinction de la citoyenneté ou des libertés publiques », soulignant que le soutien moral, intellectuel ou discursif à un mouvement social relève, en démocratie, de l’exercice normal des droits civiques et syndicaux.

L’ancien chef du gouvernement met ainsi en garde contre une interprétation extensive et restrictive des notions de trouble à l’ordre public et d’incitation à la grève, qui pourrait, si elle se généralisait, transformer toute expression de solidarité sociale en infraction pénale. Une telle lecture du droit, selon lui, affaiblirait durablement l’État de droit et instaurerait un climat de peur peu compatible avec les engagements de libération et de restauration démocratique proclamés à l’arrivée au pouvoir du régime du général Brice Clotaire Oligui Nguema.

Au-delà des considérations partisanes, ces placements sous mandat de dépôt ravivent un malaise plus profond. Celui de voir la Ve République reproduire, dans sa gestion des conflits sociaux, les réflexes répressifs du passé. Alors que la rupture avec les méthodes de l’ancien régime constituait l’un des piliers du discours fondateur du 30 août, la réponse pénale apportée aux revendications syndicales donne le sentiment d’une continuité plus que d’un changement.

En appelant les autorités à renoncer à une gouvernance fondée sur l’arrestation et la coercition, l’EPG pose une question centrale : comment concilier l’exigence d’ordre public avec la nécessité du dialogue social dans un contexte de crise structurelle ? À défaut d’une réponse politique claire, le risque demeure que la justice apparaisse, aux yeux de l’opinion, comme un instrument de régulation sociale plutôt que comme un arbitre impartial. Une perception qui, si elle s’installait durablement, fragiliserait encore davantage la promesse de refondation tant mise en avant par les autorités de la Transition.

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