Réseaux sociaux fermés: quand le silence numérique et la sortie de RSF exposent le Gabon à la critique mondiale

Brice Clotaire Oligui Nguema et Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, le 9 septembre 2025 dernier à Libreville. © Dépêches 241

Libreville, le 20 Février 2026 – (Dépêches 241). La suspension prolongée des réseaux sociaux au Gabon continue de susciter de vives réactions, bien au-delà des frontières nationales. En dénonçant une mesure jugée attentatoire aux libertés fondamentales, le très influent et respecté Reporters Sans Frontières replace le pays au cœur du débat international sur le respect du droit à l’information, interpellant directement les autorités de la Ve République sur la cohérence entre leurs ambitions démocratiques affichées et les pratiques actuelles de gouvernance qui tranchent avec la volonté annoncée de démocratisation du Gabon. 

Le blocage numérique imposé au Gabon depuis plusieurs jours et dénoncé avec véhémence et colère par une large partie de l’opinion ne se résume pas à une simple perturbation des échanges privés. Il s’apparente désormais à une entrave directe aux dispositions inscrites dans la Constitution, à la circulation de l’information et, plus largement, à l’exercice des libertés fondamentales. C’est le sens de la sortie ferme et sans détour de Reporters sans frontières (RSF), portée par la voix de Sadibou Marong, responsable Afrique subsaharienne de l’organisation, qui a dénoncé sur le réseau social X la mise en place au Gabon de cette mesure; 

Pour RSF, dont le constat est sans appel, cette suspension « entrave le droit à l’information des citoyens ». Dans un pays où une partie importante de la population s’informe via les plateformes numériques, la coupure de Facebook, WhatsApp ou Instagram, You Tube, Tik Tok et X  crée un vide informationnel lourd de conséquences. Elle prive les Gabonais d’un accès pluraliste, instantané et interactif à l’actualité nationale, les enfermant dans un espace de communication appauvri, dépendant de canaux institutionnels ou officiels. Cette restriction, loin d’apaiser le climat social, nourrit la défiance, accentue les rumeurs et fragilise le lien de confiance entre gouvernants et gouvernés.

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Au-delà du grand public, RSF alerte sur l’impact direct de cette décision sur la pratique journalistique au Gabon. Sadibou Marong souligne que cette coupure « entrave le travail des journalistes », pour qui les réseaux sociaux sont devenus des outils essentiels de collecte, de vérification et de diffusion de l’information. En amputant les rédactions de leurs principaux canaux indépendants de distribution, la mesure réduit drastiquement la portée des enquêtes, affaiblit la visibilité des médias et confine les professionnels de l’information dans un périmètre étroit, peu propice au débat contradictoire. Ce faisant, c’est toute l’architecture de l’espace public gabonais qui se trouve ainsi fragilisée.

La prise de position de RSF projette le Gabon sous les projecteurs de la scène internationale, où la liberté de la presse et le respect des droits fondamentaux constituent des marqueurs essentiels de crédibilité politique. Une telle dénonciation entame l’image du pays, interpelle ses partenaires, inquiète les investisseurs et fragilise son positionnement diplomatique. Dans un monde interconnecté, la fermeture numérique est perçue non comme un simple acte de souveraineté, mais agit comme un signal d’alerte, révélateur de tensions profondes et d’un recul préoccupant des libertés.

À l’heure où le Gabon se veut engagé sur la voie de la refondation institutionnelle et démocratique, la condamnation publique d’une organisation de référence telle que RSF ne saurait être traitée avec légèreté. Elle appelle une réponse claire, responsable et conforme aux engagements internationaux du pays. Le gouvernement de la Ve République est aujourd’hui interpellé sur la portée symbolique et politique de cette dénonciation : peut-on durablement construire la stabilité et la confiance en muselant les canaux modernes de l’information ? L’urgence n’est plus au silence, mais à l’ouverture, au dialogue et à la restauration pleine et entière des libertés numériques.

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Enfin, replacée dans un contexte plus large, cette nouvelle prise de position résonne comme une confirmation sévère du durcissement du climat politique à Libreville. Aux restrictions numériques, les interpellations et l’emprisonnement de journalistes avaient déjà donné un signal alarmant, installant du reste, un environnement de plus en plus hostile à l’exercice libre du métier d’informer. 

L’alerte lancée par RSF ne fait ainsi que consacrer, aux yeux de l’opinion internationale, la dérive autoritaire d’un régime qui peine à concilier ses discours de refondation avec le respect effectif des principes démocratiques. Ce cumul de signaux négatifs dessine l’image d’un pouvoir en repli, plus soucieux de contrôler que de convaincre, et expose durablement le Gabon à la critique, à la défiance et à l’isolement international. 

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