
Libreville, le 26 Février 2026 – (Dépêches 241). Plus de deux mois après son élection, la Mairie de Libreville demeure dans une forme d’étrange léthargie. Ni cabinet constitué, ni conseil municipal tenu. Un silence administratif qui interroge, intrigue et nourrit les conjectures, sans toutefois autoriser des certitudes. Dans les couloirs feutrés du pouvoir comme dans l’opinion publique, l’attente se prolonge, laissant place à une interrogation lancinante : qu’est-ce qui retarde ainsi la mise en ordre de marche de la première institution municipale du pays ?
Élu en novembre 2025, Pierre Mathieu Obame Etoughe semblait pourtant porté par une dynamique de renouveau. Or, selon plusieurs sources concordantes, la constitution de son cabinet se heurterait à diverses pesanteurs politiques. Des pressions, notamment issues de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), la formation politique qui l’a investi, pourraient peser sur ses choix. Il se murmurerait que certaines orientations et certaines nominations lui seraient suggérées, voire imposées, ce qu’il refuserait d’entériner, préférant préserver sa liberté d’appréciation. Cette résistance supposée expliquerait, au moins en partie, l’inertie observée à l’Hôtel de Ville.
Dans les salons discrets de la République, l’on évoque également un environnement relationnel délicat. Le lien familial supposé unissant le maire à Murielle Minkoue, Secrétaire générale de la Présidence (belle sœur de ce dernier), alimente naturellement les commentaires, sans qu’aucun élément tangible ne permette d’établir une quelconque interférence directe. Certains estiment toutefois que cette proximité, loin de faciliter les choses, pourrait au contraire renforcer les attentes, les projections et les pressions, plaçant l’édile dans une équation politique particulièrement sensible.
Il se susurre par ailleurs que les équilibres issus de la dernière séquence électorale demeurent fragiles. L’ancienne ministre de la Réforme des Institutions aurait, selon certaines indiscrétions, pesé de tout son poids pour favoriser la candidature et l’élection de Pierre Mathieu Obame Etoughe, dans un contexte où Léandre Nzue, fortement pressenti pour un retour aux affaires, nourrissait également de sérieuses ambitions. Cette reconfiguration politique aurait suscité incompréhensions et crispations, notamment du côté d’Assengone Aubame, compagne de Léandre Nzue, qui aurait très mal vécu cette immixtion présumée de la secrétaire générale du palais. Là encore, ces éléments, rapportés avec prudence, relèvent davantage du murmure politique que du fait établi.
Au-delà de ces jeux d’influence supposés, la situation interroge d’autant plus que les conseils municipaux, pourtant installés depuis près de trois mois, ne se sont toujours pas réunis. Une anomalie institutionnelle relevée publiquement par Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député du 2ᵉ siège de la commune d’Akanda : « Comment comprendre que trois mois après les installations de leurs bureaux respectifs, les Conseils locaux ne se sont jamais réunis ? ». Une question simple, mais lourde de sens, qui traduit l’impatience croissante des élus et des citoyens.

Dans une capitale confrontée à des défis quotidiens majeurs, urbanisation accélérée, insalubrité, voirie dégradée, mobilité chaotique, gestion des déchets, chaque jour sans gouvernance pleinement opérationnelle semble accentuer le sentiment d’urgence. Pourtant, dans ce clair-obscur politique, certains observateurs appellent à la retenue, estimant que ce temps long pourrait aussi traduire une volonté de bâtir une équipe cohérente, équilibrée et capable de résister aux injonctions partisanes.
Entre exigences politiques, équilibres fragiles et volonté supposée d’indépendance, la Mairie de Libreville semble ainsi suspendue à une décision fondatrice. Une décision attendue, scrutée, espérée. Car derrière l’architecture institutionnelle, ce sont les aspirations de toute une ville qui patientent, dans le silence feutré d’un pouvoir municipal encore en gestation et peut-être sous influence.







