
Libreville, le 18 mars 2026 – (Dépêches 241). L’opérateur turc Karpowership Global DMCC a notifié, dans un courrier officiel daté du 17 mars 2026, sa décision de cesser toute fourniture d’électricité au Gabon, invoquant des impayés persistants. Une rupture qui exposerait Libreville à une coupure de 150 MW et le pays à une crise énergétique sans précédent.
Il y a des signaux d’alarme que l’on préfère ignorer jusqu’à ce qu’ils se transforment en sirènes. Le Gabon en est peut-être là avec ses délestages chroniques. Révélé par le quotidien L’Union et confirmé par plusieurs sources concordantes, un courrier officiel de l’entreprise turque Karpowership Global DMCC, daté du 17 mars 2026, annonce la suspension totale de sa production électrique à compter de 23h59 ce jour. En jeu, une capacité de 150 mégawatts couvrant notamment la zone sud de la capitale.
Cette décision, il faut le préciser, n’est pas tombée du ciel. Elle s’inscrit dans la continuité d’un différend qui couvait depuis de longs mois entre l’entreprise étrangère et les autorités gabonaises. Une rencontre au sommet avait pourtant eu lieu en février 2025, entre le Chef de l’Etat Brice Clotaire Oligui Nguema et les dirigeants de Karpowership. Les discussions semblaient alors promettre une sortie par le haut. Mais les promesses, visiblement, ne se sont pas traduites en paiements. Ni en garanties. Ni en accord durable.
Un noeud financier à 15 milliards de FCFA
Au cœur du litige, les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils ne sont guère rassurants. L’opérateur turc estime que les 5 milliards de francs CFA déjà versés par la partie gabonaise ne couvrent plus les frais d’exploitation réels. Pour maintenir ses installations en activité, il exige désormais un règlement immédiat de 15 milliards de francs CFA. Cette somme, présentée comme un seuil critique non négociable, illustre l’ampleur de l’écart entre ce qui a été payé et ce que l’entreprise juge lui être dû. Dans sa correspondance adressée aux ministres de l’Énergie et de l’Économie, ainsi qu’à la direction de la SEEG, Karpowership dit avoir longtemps joué le jeu de la patience. Elle affirme aujourd’hui avoir atteint la limite de ce qu’elle peut absorber.
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L’entreprise n’est pas sans nuance dans sa posture. Son représentant, Cagdas Sevik, a laissé entrevoir la possibilité d’une issue négociée, se déclarant disponible pour des discussions en urgence. Une ouverture, certes. Mais une ouverture conditionnelle, suspendue à une réaction rapide des autorités gabonaises, dont on attend encore de savoir si elles en ont les moyens ou la volonté. Car dans ce genre de bras de fer, la fenêtre de tir se referme vite.
Une crise dans la crise ?
Ce qui rend la situation particulièrement préoccupante, c’est qu’elle s’inscrit dans un contexte déjà dégradé. Les délestages ne sont pas une nouveauté pour les Gabonais. Ils font partie du quotidien de nombreux foyers et entreprises. Le régime de la Ve République les a presque institutionnalisés. Mais la disparition brutale de 150 MW du réseau national ne serait pas un simple désagrément de plus. Elle constituerait un choc d’une tout autre nature, susceptible de paralyser des pans entiers de l’économie formelle, hôpitaux, industries, commerce, et d’alimenter une frustration sociale qui n’a nul besoin d’être attisée.
Ce dossier pose, en creux, une question plus large. Celle de la gestion des contrats énergétiques par l’État gabonais, et de la capacité du gouvernement de la Ve République à honorer ses engagements financiers vis-à-vis de ses partenaires stratégiques et ses promesses vis-à -vis du peuple. On peut comprendre les contraintes budgétaires. On peut admettre la complexité des négociations. Mais on ne peut pas, indéfiniment, différer le règlement de factures dont dépend l’alimentation électrique d’une capitale. Le prix de cette imprudence, s’il venait à être payé, ne le serait pas par les bureaux ministériels. Il le serait, comme toujours, par les habitants de Libreville.







