
Libreville, le 10 avril 2026-(Dépêches 241). Le rejet du projet de budget primitif 2026 de la Mairie de Libreville, intervenu lors de la session du Conseil municipal tenue hier à l’Hôtel de Ville, repose sur des motifs précis, documentés et suffisamment graves pour que l’assemblée délibérante refuse d’accorder sa caution à un texte financier jugé irrégulier, sur plusieurs points essentiels. Les deux anomalies les plus saillantes que sont l’enveloppe budgétaire du cabinet du Maire Pierre Mathieu Obame Etoughe et le traitement réservé aux recettes de l’Inspection Générale Municipale (IGM) en disent long sur la qualité de la gouvernance qui sous-tend ce budget rejeté.
En réalité, il est à considérer que le rejet du budget de la mairie, n’est assurément pas un simple désaccord politique ordinaire. Selon des informations rapportées par une source au fait des conclusions du conseil municipal, deux irrégularités majeures ont cristallisé les oppositions. La première, et sans doute la plus spectaculaire, concerne le niveau de dépenses inscrites au titre du cabinet du Maire Pierre Mathieu Obame Etoughe.
Trois milliards pour le cabinet du maire mais zéro franc pour l’IGM
Près de trois milliards de francs CFA, un montant dont la justification au regard des équilibres globaux de la collectivité a manifestement paru insuffisante aux yeux d’une majorité de conseillers. Dans une institution dont les ressources demeurent contraintes, une telle concentration de charges sur une structure soulève des questions légitimes sur les arbitrages opérés et sur les priorités réelles de l’exécutif municipal.
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La seconde irrégularité, plus technique dans sa formulation mais tout aussi révélatrice dans ses implications, tient à l’inscription d’un montant nul, zéro franc CFA, au titre des recettes prévisionnelles générées par l’Inspection Générale Municipale (IGM) pour l’exercice 2026. Cette neutralisation comptable d’une source de recettes dont les performances annuelles sont estimées, sur la base des exercices précédents, entre 200 et 300 millions de francs CFA, a soulevé de sérieuses interrogations quant à la sincérité des prévisions budgétaires soumises à l’approbation du Conseil.
Qu’une ligne de recettes aussi substantielle soit ramenée à néant sans explication ne peut, dans le cadre du contrôle démocratique d’une institution publique, que provoquer un questionnement sur les intentions qui président à une telle présentation.
Pierre Mathieu Obame Etoughe, quinze jours pour se racheter ou pour partir de la Mairie ?
Sur le plan institutionnel, le rejet d’un budget primitif n’est pas un acte anodin. Il place l’exécutif municipal dans l’obligation de revoir sa copie et de soumettre un nouveau projet dans les délais impartis. La prochaine session du Conseil municipal étant d’ores et déjà convoquée dans un délai de quinze jours. Ce délai est court, et il exigera de la part de Pierre Mathieu Obame Etoughe, un travail de refonte substantiel, non seulement pour corriger les anomalies relevées, mais aussi pour rétablir la confiance d’une assemblée délibérante qui vient de signifier, par son vote, qu’elle entend exercer pleinement ses prérogatives de contrôle.
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Pour l’actuel édile de la commune de Libreville , la portée de ce rejet dépasse cependant le seul cadre technique. Intervenant à un moment où la gestion municipale fait déjà l’objet de questionnements sur plusieurs fronts, ce vote de rejet s’apparente à un avertissement institutionnel dont l’autorité de tutelle ne pourra ignorer la signification.
Un maire dont le premier budget est rejeté pour manque de sincérité financière est un maire dont la marge de manoeuvre se rétrécit sensiblement, et dont l’avenir à la tête de la plus importante collectivité du pays dépendra, dans les semaines qui viennent, de sa capacité à corriger le tir avec l’efficacité et la transparence que la situation commande.







