Université de Mouila : après vingt ans d’attente, le chantier sort enfin de terre

Après une première pierre posée en 2005 sous Omar Bongo Ondimba, le campus reprend vie sous l’impulsion de Brice Clotaire Oligui Nguema, non sans obstacles ©Dépêches 241

Libreville, le 10 avril 2026 – (Dépêches 241). Vingt ans de silence, de promesses non tenues et d’immobilisme, c’est le lourd héritage que portait le projet d’université de Mouila, dont la première pierre a solennel­lement été déposée en 2005 par feu El Hadj Omar Bongo Ondimba, puis livré aux affres de l’oubli institutionnel. C’est finalement sous l’impulsion du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, que les pelleteuses ont fini par mordre la terre de la province de la Ngounié. À l’heure où sept des huit bâtiments prévus ont déjà émergé du sol, le chantier révèle autant sa résilience que les contraintes structurelles qui ont longtemps paralysé sa mise en œuvre.

La mémoire collective gabonaise retient la date de 2005 comme celle d’un acte fondateur, jOmar Bongo Ondimba pose la première pierre d’un campus universitaire destiné à désenclaver l’offre de formation supérieure dans la province de la Ngounié. Mais les décennies suivantes n’auront été que le récit d’un chantier fantôme, régulièrement invoqué dans les discours officiels, jamais réellement engagé. Le démarrage des travaux pour cette université ne sera lancée le 24 mars 2024, soit près de vingt ans après la pose symbolique de cette première pierre.

Un projet ressuscité vingt ans après sa naissance

C’est dans ce contexte de relance que Le Roi des Chantiers, l’entreprise pilotée par Joseph Trésor Agano a décidé d’aller bien au-delà de la commande initiale des autorités. Là où l’État demandait de concentrer les efforts sur trois bâtiments, les arts et métiers, la faculté des sciences et le rectorat, la direction a choisi de faire sortir de terre l’intégralité des huit bâtiments prévus, épousant ainsi la vision d’ensemble portée par le chef de l’État. « Contrairement à ce que les gens disent que l’université de Mouila est un éléphant blanc, je pense que les réalités sont là : il y a 7 bâtiments qui sont déjà sortis de terre, sur 8 » , a rassuré le chef de chantier. 

Le projet dessine un campus de 70 hectares appelé à structurer durablement le paysage éducatif provincial. Outre les huit bâtiments pédagogiques et administratifs, le plan d’ensemble intègre 25 pavillons résidentiels étudiants, initialement dimensionnés pour 600 occupants, portés à 1 500 sur instruction du ministre de tutelle, ainsi qu’une cité dédiée au corps enseignant, un stade et l’ensemble des voiries internes.

L’ambition est réelle. Mais sa réalisation se heurte à des contraintes logistiques et géotechniques considérables. La première d’entre elles tient à l’éloignement de Mouila des principales filières d’approvisionnement. Fer, ciment, carburant : chaque composante du béton doit être acheminée depuis Libreville, alourdissant les coûts et rallongeant les délais. 

Un campus ambitieux mais des obstacles à surmonter

L’absence de main-d’œuvre qualifiée sur place constitue un second écueil structurel, obligeant à recruter des techniciens venus d’ailleurs. À ces difficultés logistiques s’ajoute une contrainte géotechnique d’envergure, la faible portance des sols a imposé une reconstitution totale sur une profondeur de cinq mètres pour l’ensemble des emprises bâties, une opération colossale qui a nécessité pas moins de 4 000 rotations de camions. « La première difficulté, c’est de trouver du personnel qualifié sur place. La deuxième, c’est l’approvisionnement : le fer nous vient de Libreville, le ciment de Libreville, le carburant de Libreville. Tous les éléments que nous devons acheter pour réaliser un mètre cube de béton viennent de Libreville » a ajouté le chef de chantier. 

Face à ces obstacles, les responsables du chantier formulent des demandes précises aux autorités. L’ouverture d’un accès légal à une carrière d’agrégats à trois kilomètres du site, exploitation jusqu’ici empêchée par des obstacles administratifs, et l’installation par Cimaf d’un dépôt de ciment d’une capacité de 1 000 tonnes à proximité immédiate. 

Des mesures qui, si elles étaient accordées, permettraient de réduire sensiblement les coûts et d’accélérer le rythme d’exécution. En attendant, le chantier de l’université de Mouila avance, pierre après pierre, comme pour conjurer deux décennies de reports et d’abandons.

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