Gabon: le jour où Kessany a convoqué Mouyouma en instrumentalisant le nom du Président et d’un ministre pour modifier son staff

Convoqué au nom d’Oligui Nguéma et Augand pour tenter d’influencer Thierry Mouyouma, ce que révèle l’ancien sélectionneur des pratiques de l’actuel ministre des Sports © Dépêches 241

Libreville, le 3 Juin 2026 – (Dépêches 241). Dans un entretien exclusif accordé à Dépêches 241, Thierry Mouyouma lève pour la première fois le voile sur une séquence nocturne qui préfigure tout ce qui suivra : une convocation à la Présidence de la République au nom du Chef de l’État et du ministre des Sports finalement absent mais avec Paul Kessany seul en embuscade qui l’enjoint de modifier son staff. 

Les faits, tels que les rapporte Thierry Mouyouma, ancien sélectionneur des Panthères du Gabon, ont la froideur d’un calcul préparé de longue main. « Quelques jours après ma nomination, Paul Kessany m’a convoqué tard dans la nuit à la Présidence de la République avec un membre de mon staff. Il me fait comprendre que le Chef de l’État et le ministre des Sports de l’époque, Monsieur Augand, souhaitent nous rencontrer », déclare t-il. 

La convocation, formulée en ces termes, ne laisse aucune place au refus. On ne décline pas une invitation qui porte, fût-ce implicitement, la signature du Palais et du Président de la République. Mouyouma s’y rend donc, comme tout homme raisonnable l’aurait fait. Ce qu’il y découvre mérite d’être dit clairement : « En arrivant sur place, je découvre que ni le Président de la République ni le ministre ne sont présents. Il n’y avait que Paul Kessany et deux de ses proches », ajoute t-il. 

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Le décor était posé. Le prétexte, évaporé. La vérité du rendez-vous est finalement tout autre. Paul Kessany, alors proche collaborateur du Chef de l’État en sa qualité de Conseiller Spécial avait instrumentalisé le nom de la Première Institution du pays, et celui d’un membre du gouvernement, pour attirer dans un lieu de prestige un homme qu’il entendait soumettre à une exigence personnelle. 

L’objet de la réunion, Mouyouma le révèle sans ambages : « il devient clair qu’il souhaite modifier mon staff technique en y intégrant des membres de son association. ». Voilà donc à quoi servaient la nuit, le lieu, et les noms usurpés du Chef de l’Etat Brice Clotaire Oligui Nguéma et du ministre des Sports André Jacques Augand. Cette réunion convoquée de façon pernicieuse avec usage d’une fausse qualité, servait donc à obtenir la vassalisation d’un staff national au profit d’un réseau privé.

Mais Mouyouma refuse. « Pour moi, une sélection nationale ne doit pas devenir un espace de placements ou de règlements d’intérêts personnels. Je voulais construire un staff sur des critères de compétence et de confiance ». Ce refus, juste dans sa forme et dans son fond, enclenche un mécanisme de représailles dont les conséquences s’étaleront sur des mois. Mouyouma en tire lui-même la conclusion avec une lucidité désabusée : « À partir de ce moment-là, j’ai compris que je venais de me créer un ennemi », conclut-il. 

D’un agenda personnel à une guerre d’État ? 

Ce qu’il convient de souligner ici n’est pas seulement la pression exercée sur un technicien, mais la logique qui la sous-tend : une sélection nationale, financée par les deniers publics et portée par les espoirs d’un peuple, réduite à une variable d’ajustement dans l’équation d’influence d’un homme. La question ne peut être esquivée : quel conseiller , et a fortiori quel ministre, peut se permettre de confondre l’intérêt général avec ses intérêts particuliers sans que cela appelle une réponse institutionnelle ?

Ce qui frappe, à la lumière du récit de Mouyouma, c’est la cohérence implacable d’un agenda poursuivi avec constance, que Kessany fût conseiller ou ministre. Les révélations de Thierry Mouyouma prennent également une résonance particulière lorsqu’elles sont rapprochées d’autres épisodes déjà évoqués publiquement. L’ancien sélectionneur a plusieurs fois laissé entendre que l’actuel ministre aurait fait de son départ un objectif personnel, bien avant les tensions aujourd’hui connues entre Paul Kessany, la Fédération gabonaise de football et son président Pierre-Alain Mounguengui. Selon Thierry Mouyouma, cette opposition aurait pris différentes formes, allant jusqu’à des comportements qu’il interprète comme une volonté de nuire à son action et à celle de son encadrement.

Là encore, il appartient aux protagonistes de répondre à ces accusations. Mais sur le plan politique, une question demeure entière : est-il acceptable qu’un responsable investi d’une mission publique puisse être perçu comme poursuivant des combats personnels au détriment de l’intérêt supérieur de la sélection nationale ? Car au fond, l’enjeu dépasse les hommes. Il concerne l’exigence d’exemplarité attachée aux fonctions publiques. Un ministre n’est pas seulement comptable de ses décisions ; il l’est également des méthodes employées pour les obtenir. 

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Et lorsque les méthodes rapportées reposent sur l’influence, la pression ou l’instrumentalisation supposée des institutions, le débat ne porte plus seulement sur le sport. Il devient une question de morale publique. 

Quand l’intérêt général cède devant les querelles personnelles ?

La Ve République a besoin de serviteurs de l’État capables de s’élever au-dessus de leurs affinités, de leurs inimitiés et de leurs intérêts particuliers. Elle a besoin de responsables qui comprennent que les fonctions publiques ne sont ni des instruments d’influence, ni des outils de revanche, mais des charges qui imposent retenue, discernement et sens de l’intérêt général.

Si les faits relatés par Thierry Mouyouma devaient être établis et corroborés, ils dessineraient le portrait d’une pratique du pouvoir aux antipodes de l’esprit qui devrait guider les institutions de la République. Car un ministre ne grandit pas en abaissant ceux qui lui résistent. Il ne renforce pas son autorité en transformant des divergences personnelles en combats politiques. Il ne sert pas davantage son pays lorsqu’il laisse ses querelles d’hommes interférer avec le destin d’une sélection nationale.

Au fond, la question posée par cette affaire dépasse le cas de Paul Kessany. Elle interroge l’idée même que nous nous faisons de l’État. Un État où les institutions sont respectées et protégées de toute instrumentalisation, ou un État où elles deviennent les accessoires des ambitions individuelles. La Ve République mérite des responsables capables d’habiter leurs fonctions avec hauteur, mesure et sens de l’intérêt supérieur de la Nation. Elle ne saurait durablement s’accommoder de pratiques qui réduisent l’action publique à une simple histoire d’hommes.

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