
Libreville, le 10 juin 2026 – (Dépêches 241) Longtemps cantonné aux sphères spirituelles et traditionnelles du Gabon, l’Iboga est aujourd’hui devenu un enjeu culturel, scientifique et économique de premier ordre. Considérée comme une plante sacrée au sein du rite Bwiti et d’autres pratiques ancestrales, cette ressource emblématique suscite un intérêt grandissant à travers le monde. Face à l’augmentation des recherches, des usages thérapeutiques et des initiatives commerciales autour de cette plante, les autorités gabonaises ont décidé de renforcer leur contrôle sur son exploitation afin d’en préserver la valeur patrimoniale et culturelle.
Dans un communiqué publié le 8 juin 2026, le ministère de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts chargé de la Vie associative a rappelé que toute activité liée à l’Iboga est désormais soumise à une autorisation préalable délivrée par les services compétents du ministère de la Culture. Cette décision s’inscrit dans la volonté du gouvernement de mieux encadrer l’accès à une ressource considérée comme stratégique, tout en luttant contre les exploitations non autorisées et les risques d’appropriation illégitime des savoirs traditionnels qui lui sont associés.
Cette nouvelle orientation gouvernementale trouve son fondement dans le décret du 22 mai 2026 réglementant l’accès, l’utilisation, l’exploitation, la recherche, la transformation et la commercialisation de l’Iboga ainsi que de ses dérivés. Le texte vise également la protection des connaissances traditionnelles détenues par les communautés gabonaises. Désormais, toute initiative impliquant cette plante, qu’elle soit scientifique, commerciale ou culturelle, devra respecter un cadre juridique strict défini par l’État.
L’une des particularités de ce dispositif réside dans son champ d’application particulièrement étendu. Il concerne aussi bien les personnes physiques que morales, nationales ou étrangères. Plus encore, la réglementation s’applique aux activités réalisées hors du territoire gabonais dès lors qu’elles portent sur l’Iboga ou sur les savoirs traditionnels qui lui sont liés. Une disposition qui traduit la volonté des autorités de protéger ce patrimoine au-delà des frontières nationales et de prévenir toute exploitation échappant au contrôle de l’État.
Au-delà des considérations administratives, le gouvernement présente cette réforme comme un acte de souveraineté culturelle. Les autorités entendent protéger le caractère sacré de l’Iboga tout en garantissant une meilleure reconnaissance des communautés autochtones et traditionnelles qui en assurent la préservation depuis des générations. Dans un contexte marqué par une compétition internationale croissante autour des ressources naturelles et des connaissances ancestrales, Libreville cherche ainsi à affirmer son autorité sur ce que beaucoup considèrent désormais comme un véritable trésor national.
Avec ce nouveau cadre réglementaire, le Gabon franchit une étape importante dans la protection et la valorisation de l’Iboga. Entre préservation du patrimoine culturel, défense des savoirs traditionnels et affirmation de la souveraineté nationale, les autorités espèrent mettre fin aux exploitations anarchiques et mieux encadrer les multiples usages de cette plante emblématique. Reste désormais à veiller à l’application effective de ces mesures afin que l’« or spirituel » gabonais profite d’abord aux communautés qui en sont les gardiennes et à la nation tout entière.







