
Libreville, le 13 juin 2023-(Dépêches 241). De passage il y a quelques jours dans la ville de Fougamou dans le cadre de sa tournée républicaine, Ali Bongo a annoncé la création d’un Conseil provincial, doté d’un budget destiné à soutenir le développement de l’arrière-pays. Une mission quasiment similaire à celle qui avait été attribuée au Fond d’initiative départementale (FID), considéré par de nombreux observateurs comme un échec cuisant.
En visite le 23 avril 2018 à Franceville, le président de la République avait officialisé le lancement du Fond d’initiative départementale. À l’époque, Ali Bongo Ondimba avait promis de mettre à la disposition de chaque département du pays une enveloppe de 1 milliards de FCFA. Le but étant de financer des projets prioritaires identifiés par les populations, les élus locaux et les gouverneurs de province. Morceaux choisis. « Les populations vont réfléchir et vont donner deux ou trois choix de secteurs à développer au préfet. Le préfet va amener cela au niveau du gouverneur. Ce dernier réunira, tous les élus locaux, et transmettra le résultat des réflexions au ministre de l’Intérieur qui soumettra tous ces projets au gouvernement. Le Premier ministre et moi-même, nous allons revoir tout cela et c’est seulement à ce moment que nous allons donner l’ordre de décaisser », avait déclaré Ali Bongo qui prétendait être animé par la ferme volonté de mettre un terme à la fracture territoriale.
Quelques années après l’échec du Fond d’initiative départementale, le Chef de l’Etat a surpris son beau monde, en annonçant lors de sa visite le week-end dernier à Fougamou, la création d’un Conseil provincial doté d’un budget de 18 milliards, impliquant les populations, les élus et les gouverneurs et destinés une nouvelle fois à soutenir le développement de l’hinterland. « J’ai voulu que la population ait l’habitude de travailler ensemble. Alors, j’ai créé le conseil provincial qui regroupe tous les élus de la province, conseillers municipaux et départementaux. Ces derniers vont se retrouver auprès du gouverneur et ils vont décider des projets prioritaires pour le développement des territoires » a souligné le Chef de l’Etat.
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Une annonce aux allures de remake du Fond d’initiative départementale (FID) qui logiquement interroge. Quel est l’intérêt de créer le Conseil provincial, une entité aux prérogatives similaires que le FID, qui n’a jamais officiellement été dissout et donc qui par conséquent est toujours fonctionnelle ? Le Conseil provincial ne va-t-il pas marcher sur les platebandes du Fond d’initiative départementale ? Le Conseil provincial subira-t-il le même sort que le Fond d’initiative départementale qui n’a finalement jamais rempli sa mission ? Sur quoi peut-on se baser pour affirmer que le Conseil provincial réussira là où le FID a manifestement échoué ?

Mieux, avant de lancer le Conseil provincial, a-t-on réalisé un bilan du Fond d’initiative départementale ? À quoi ont servi les 48 milliards décaissés pour le FID vu que les provinces n’ont jamais été modernisées ? Peut-on objectivement attendre des résultats positifs du Conseil provincial ? Ces questions en même temps, qu’elles se posent en bon droit, mettent à nu, le caractère quelque peu artificieux et un tantinet captieux de cette annonce faite par le Chef de l’Etat. Car disons-le sans ambages, le Conseil provincial n’est ni plus ni moins qu’une pâle copie du Fond d’initiative départementale. En réalité, le Conseil provincial n’est rien d’autre qu’un FID bis au regard de ses attributions et de son mode de fonctionnement. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il y a donc peu de chances que celui-ci connaisse un sort différent que le FID.







